Les chantiers navals sud-coréens en crise après la fin de l’âge d’or

Les principaux chantiers navals de Corée du Sud, dits les « Trois grands », étaient jadis considérés comme la sainte trinité de l’entrepreneuriat sud-coréen. Après avoir évincé leurs concurrents européens et japonais dans les années 1980 et 1990, ils détenaient à eux trois au sommet de leur gloire près de 70% du marché.

Année après année, Hyundai Heavy Industries, Daewoo Marine and Shipbuilding et Samsung Heavy Industries ont construit des navires cargo géants, des pétroliers et des plate-formes de forage pour les sociétés pétrolières et les géants énergétiques du monde entier.

Mais un recul durable des cours du pétrole et le ralentissement de l’économie mondiale ont malmené la demande en pétroliers et en porte-conteneurs. Parallèlement, les surcapacités et la concurrence de constructeurs chinois meilleur marché ont réduit les marges de rendement.

Les « Trois grands » ont enregistré en 2015 des pertes totales de 8.500 milliards de wons (6,3 milliards d’euros). En février, les commandes en cours auprès de l’ensemble des chantiers navals sud-coréens ont atteint un plus bas de 11 ans.

« Les commandes s’assèchent. Nous faisons face à une situation inimaginable, nos bassins pourraient bientôt être vides », écrivait en mars le président de Hyundai Heavy, Choi Kil-Seon, à son personnel. « Même les banques hésitent à nous prêter. C’est la dure et indéniable réalité ».

– ‘Démesure et suffisance’ –

Hyundai, numéro un mondial en termes de ventes, a affiché des pertes nettes pendant deux années consécutives, pour un total de 5.000 milliards de wons (3,75 milliards d’euros).

Au premier trimestre, le groupe a bien affiché des bénéfices mais M. Choi a imputé ce résultat à la chute des cours des matières premières et à l’affaiblissement de la devise sud-coréenne.

Durant le boom des années 2000, la société est devenue « démesurée et suffisante », a-t-il dit, appelant à des « efforts douloureux » pour faire face à des concurrents chinois qui ont remporté cette année plus de la moitié des commandes nouvelles dans le monde.

« Si nous ne pouvons concurrencer les Chinois (…), alors nous perdrons nos emplois », a-t-il prévenu.

D’après Yang Jong-Seo, analyste à la Export-Import Bank of Korea, les deux prochaines années s’annoncent comme « les pires » de tous les temps pour les intéressés, qui vont entamer des réformes douloureuses sous la houlette des pouvoirs publics.

En échange d’aides publiques et du rééchelonnement de leur dette, les autorités de régulation exigent des ventes d’actifs, des licenciements massifs, des réductions salariales et la rationalisation des modèles d’entreprise.

« Je crois qu’on va toucher le fond fin 2017 et renaître en 2018. La question clé c’est de savoir si les constructeurs (coréens) parviendront à rester en vie jusque là », dit M. Yang à l’AFP. « S’ils s’écroulent, j’ai bien peur que l’industrie mondiale de la construction navale ne se déplace pour de bon en Chine ».

– Une tempête s’annonce –

Les conséquences seraient énormes.

Le port d’Ulsan et l’île de Geoje, où sont situés les principaux bassins des trois chantiers navals, dans le sud du pays, sont les poumons de la région. D’eux dépendent largement les recettes fiscales, ainsi que le pouvoir d’achat de près de 200.000 employés.

Or Hyundai a supprimé plus d’un millier d’emplois à Ulsan en 2015 et 3.000 autres devraient suivre en 2016.

La situation est encore plus sombre pour Daewoo, le numéro deux. Depuis début 2016, le groupe n’a remporté aucune commande nouvelle alors qu’il avait subi en 2015 des pertes nettes record de 5.500 milliards de wons (4,13 milliards d’euros).

Quant à Daewoo, détenu pour partie par la banque publique Korea Development Bank, il a annoncé 3.000 suppressions d’emplois d’ici 2019 mais le gouvernement en exige davantage.

« La ville n’est qu’un grand rassemblement d’ouvriers des chantiers navals et de leurs familles. Nous ressentons tous le vent du boulet », dit à l’AFP une responsable de la mairie de Geoje.

Plus des deux tiers des 250.000 habitants de Geoje travaillent pour Daewoo ou Samsung ou sont des proches des employés.

– ‘Les larmes d’Ulsan’ –

D’après la responsable municipale, la plupart des entreprises du coin, en particulier les restaurants et les commerces, ont subi un net repli de leurs ventes, et bon nombre d’enseignes sont sur le point de mettre la clé sous la porte.

« Beaucoup de gens ici se sont acheté une maison, une jolie voiture, ont envoyé leurs enfants à l’université quand les choses allaient bien (…) Les gens se demandent si ce temps-là est révolu », ajoute-t-elle.

Même chose à Ulsan, ville de cols bleus qui travaillent pour Hyundai Heavy ou Hyundai Motor.

Grâce à des salaires élevés, Ulsan s’est vantée pendant des années d’avoir le plus fort revenu par habitant du pays.

Mais certains disent que la ville connaîtra un sort similaire à celui de Malmö, port suédois connu jadis pour ses chantiers navals. La grue Kockum, haute de 128 mètres et qui était le symbole de l’activité industrielle des chantiers de Malmö, avait été vendue à Hyundai en 2002. Cette grue fut baptisée « Les larmes de Malmö » parce que les habitants auraient pleuré en la voyant partir.

« Maintenant ce qu’on verse, ce sont les +larmes d’Ulsan+ », se lamente Jun Yong-Do, président de sa chambre de commerce.

jhw/gh/ev/jac/ak/eb

SAMSUNG ELECTRONICS

HYUNDAI HEAVY INDUSTRIES

HYUNDAI MOTOR

Les Infos Mer de M&O

Gildas Bernard, fondateur et directeur : « NAVEXPO reste avant tout un salon professionnel dédié aux solutions opérationnelles ».

En dix ans, NAVEXPO est devenu un rendez-vous pivot du maritime professionnel. Alors que l'on fête cette année les 400 ans de la...

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Plus de lecture

M&O 291 - Juin 2026

 
Dans le cadre de notre opération de promotion estivale, ce numéro de Marine & Océans est exceptionnellement accessible gratuitement et en intégralité.
 
Marine & Océans remercie chaleureusement ses fidèles abonnés pour leur compréhension et leur confiance renouvelée.
 
À tous ceux qui nous découvrent aujourd'hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :

ABONNEZ-VOUS !

Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l'année.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.