Les pêcheurs français réunis à Boulogne-sur-Mer, en quête de visibilité

Paris, 16 sept 2025 (AFP) – Avenir du chalutage dans les aires protégées, cohabitation dans la Manche, renouvellement de la flotte: les enjeux sont de taille pour les pêcheurs français, qui se réunissent jeudi et vendredi pour leurs assises annuelles à Boulogne-sur-Mer (Pas-de-Calais).

« On sort de plusieurs secousses. On a besoin de stabilité et surtout de visibilité pour se projeter », affirme à l’AFP Olivier Le Nézet, président du comité national des pêches (CNPMEM).

« On ne pourra le faire que si nos décideurs et les États européens travaillent dans le même état d’esprit », dans la perspective de « la réforme de la politique commune de pêche (PCP) » qui doit aboutir en 2026, prévient-il.

Au premier rang des priorités figurent les modalités de renouvellement de la flotte de pêche, dont les navires ont en moyenne 30 ans et jusqu’à plus de 50 ans en Outre-mer. « En Guyane ou à La Réunion, on a vraiment des questions graves de sécurité qui se posent », insiste M. Le Nézet.

Une des difficultés réside dans les règles européennes qui ne permettent pas d’acquérir de nouveaux navires plus puissants et moins polluants, au motif que l’augmentation de la puissance (jauge) risquerait d’augmenter les captures de poissons.

– « Dindons de la farce » –

Une « absurdité » pour les pêcheurs, qui rappellent être soumis à des quotas, et aussi pour de nombreux États côtiers, qui à l’instar de la France, voudraient voir modifier le mode de calcul de la jauge, qui ne distingue pas les espaces à bord utiles à l’effort de pêche de ceux liés au confort des marins ou au traitement des poissons.

Or, il faut améliorer les conditions de vie à bord pour pouvoir recruter. Aujourd’hui, déplore le comité national, « sur une promotion de dix élèves sortant d’un lycée professionnel maritime, un seul choisit la pêche » et, le plus souvent, quitte le métier au bout de quelques années.

Réel « soulagement » dans ce contexte difficile, en mai dernier, les pêcheurs européens ont obtenu la prolongation jusqu’en 2038 d’un accord leur permettant de continuer à pêcher dans les eaux britanniques.

Si la ministre française chargée de la Mer Agnès Pannier-Runacher s’est « félicitée » d’une avancée qui allait « offrir de la visibilité économique et politique à la pêche française », l’enthousiasme est depuis retombé.

« On a de la visibilité dans le temps, c’est vrai. Mais cet accord est une coquille vide, parce que les Britanniques ont entre-temps annoncé la création de 43 nouvelles aires marines protégées (AMP) dans des zones où nos navires travaillent », affirme Olivier Le Nézet, qui redoute que les pêcheurs français soient les « dindons de la farce ».

Au ministère, on tempère, soulignant que la phase de délimitation des AMP n’est pas encore achevée, et on plaide pour une « approche au cas par cas », prenant en compte les spécificités des écosystèmes et des techniques de pêche avant de décider de restrictions.

– « Cohabitation » –

La technique la plus décriée est le chalutage de fond, avec ses filets traînés sur le fond de la mer, dénoncé comme « destructeur ». L’ONG Bloom a même attaqué l’État français en justice début juillet, exigeant son interdiction totale, en premier lieu dans les AMP.

En juin, avant le sommet des Nations unies sur les océans de Nice, le gouvernement français avait annoncé un renforcement des AMP, avec une limitation du chalutage de fond sur 4% des eaux hexagonales d’ici fin 2026.

Toutes ces questions seront au menu des débats des assises, organisées par Ouest-France et Le Marin. L’atmosphère promet d’être électrique dans le premier port de pêche français, durement frappé par les crises successives du secteur.

Si le port de Boulogne a retrouvé son activité d’avant la crise sanitaire, ses navires sont moins nombreux (150, contre près de 300 en 1990), à l’image de la flotte nationale qui a perdu un quart de ses bateaux en vingt ans.

Dans le détroit le plus fréquenté du monde, la question de « la cohabitation » des navires est cruciale, pour le comité des pêches, qui entend défendre ses accès, du Golfe de Gascogne à la mer du Nord.

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