Malgré la peur, les marins indiens prêts à repartir pour le détroit d’Ormuz

New Delhi, 1 juil 2026 (AFP) – Pendant des semaines, ils y ont risqué leur vie sous les attaques croisées des Etats-Unis et de l’Iran. Après quelques semaines de repos en famille, de nombreux marins indiens s’apprêtent, malgré la peur, à remettre le cap sur le détroit d’Ormuz.

La guerre au Moyen-Orient a transformé en champ de bataille ce bras de mer stratégique, par lequel transitent 20% du commerce mondial des hydrocarbures.

De nombreux navires y ont été attaqués et plusieurs membres de leurs équipages tués, dont trois Indiens.

Originaire de l’Etat du Gujarat (ouest), Sitaram Tandel, 31 ans, a fait l’expérience de la guerre quand son vraquier, sous pavillon des îles Marshall, a été visé. « C’était tôt le matin, j’allais prendre mon quart lorsque nous avons été touchés », raconte-t-il.

« Personne n’a été tué mais tout l’équipage était sous le choc », poursuit le marin, « c’est une expérience qui a changé nos vies, terriblement effrayante ».

Rentré sain et sauf dans son pays, il s’apprête à reprendre la mer avec inquiétude.

« Je ne sais pas ce qui va m’arriver maintenant », confie Sitaram Tandel. « Cette attaque m’a fortement secoué et retourner dans le Golfe (persique) me fait peur. Mais j’ai aussi une famille à nourrir ».

Les marins indiens sont nombreux dans la marine marchande mondiale. Le ministère de la Marine en comptait plus de 320.000 en service actif en 2025.

Lors du sommet du G7 en juin, le Premier ministre indien Narendra Modi s’est ému auprès de Donald Trump des tirs américains qui ont visé plusieurs navires violant, selon Washington, le blocus imposé à l’Iran.

– « Aller partout » –

Ratheesan Kuttiyan, 45 ans, évoque les risques qu’il a lui-même pris lorsque son cargo, immatriculé aux îles Marshall, a décidé de traverser le détroit d’Ormuz à la faveur d’une accalmie des combats.

« Le précédent équipage avait refusé de le faire », se souvient-il, « nous avons finalement traversé la zone dangereuse en pleine nuit ».

Aujourd’hui, le marin assure qu’il n’y retournerait que sous condition. « Je ne le referai que si les risques sont moindres. Je fais confiance à ma compagnie pour prendre la bonne décision ».

Son collègue Haridas Puthiyakodi, 49 ans, fait preuve du même fatalisme. Il y a quelques semaines, le bateau qui précédait le sien sur la route du détroit a été visé. Son capitaine a aussitôt ordonné de faire demi-tour.

« Je n’avais pas dit à mon épouse que je me trouvais en zone de guerre », confie-t-il. « Maintenant qu’elle le sait, elle m’a demandé de ne pas y retourner. Si ça ne dépendait que de moi, je ne le ferais pas mais je suis marin, je dois accepter d’aller partout ».

Après vingt ans de navigation sur toutes les mers du globe, Tanel Hirenkumar Praveenbhai, 42 ans, avoue que sa récente expérience a changé son opinion.

Quand la guerre a éclaté fin février, il a rejoint dans le port de Dubaï l’équipage d’un pétrolier sous pavillon panaméen en partance pour Singapour.

« Un hélicoptère s’est écrasé à 10 ou 15 mètres seulement de nous, et plusieurs missiles sont passés très près », raconte-t-il.

Pendant près de trois mois, il est resté consigné à bord du navire, qui n’a pu larguer les amarres que le 29 mai.

« Nous avons évidemment eu très peur mais nous ne pouvions rien faire », dit le marin, qui assure avoir pris une décision irrévocable: « je ne retournerai jamais dans le détroit d’Ormuz, rien ne vaut plus que ma vie ».

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