« C’est complètement surréaliste et ça n’a aucune portée juridique ni constitutionnelle, donc ça peut être un coup politique, mais au-delà du coup politique, ça n’a aucun intérêt pour les Polynésiens », a réagi Moetai Brotherson auprès de l’AFP.
Âgé de 81 ans, Oscar Temaru souhaite baptiser ce futur pays « République des États fédérés de Ma’ohi Nui », selon les médias locaux.
Cette proposition, avancée à l’ONU pour déclarer unilatéralement l’accession de la Polynésie française à la pleine souveraineté, a immédiatement été rejetée par le chef de l’exécutif local.
Élu en 2023 sous les couleurs du Tavini, le parti fondé par Oscar Temaru qui est par ailleurs son beau-père, M. Brotherson s’est affranchi de la direction historique en avril dernier.
Le clivage entre modérés et radicaux a conduit à une scission : quinze représentants de l’Assemblée locale ont rejoint son nouveau groupe, A Fano Ti’a, tandis que vingt-trois autres sont restés fidèles au Tavini, lui faisant perdre sa majorité absolue.
Au grand regret d’Oscar Temaru, sa démarche n’a pas rallié les cadres de son propre parti dont beaucoup n’ont pas répondu à son invitation.
Moetai Brotherson a ironisé sur cette faible adhésion : « Ceux-là mêmes qui nous fustigeaient il y a quelques mois parce qu’on n’était pas assez indépendantistes et qu’on ne voulait pas déclarer l’indépendance dès le lendemain, sont aujourd’hui timorés et tièdes ».
Les deux dirigeants s’opposent également sur l’exploitation des ressources minières sous-marines. M. Brotherson s’y oppose fermement, à l’instar de la France, pour protéger l’océan.
À l’inverse, M. Temaru y voit le sésame de l’émancipation économique : « Il n’y aura plus de pauvres dans ce pays. Il n’y aura que des milliardaires », avait-il affirmé devant la presse locale la semaine dernière.
Interrogé par la chaîne locale TNTV, le professeur de science politique Sémir Al Wardi analyse cette fuite en avant comme la volonté de l’octogénaire de « laisser une trace » et d’être érigé en père de l’indépendance de son vivant : « comme Yasser Arafat : il a déclaré l’indépendance. Il est mort sans l’avoir vue ».
Cette confrontation à distance intervient alors que le président polynésien participe cette semaine au 55e Forum des îles du Pacifique, aux Palaos, petit État insulaire micronésien. Le Forum compte dix-huit membres océaniens : seize pays indépendants et deux collectivités françaises d’outre-mer, la Nouvelle-Calédonie et la Polynésie française.




