Pourquoi Trump envisage-t-il cette mesure ?
Le prix du gazole bat record sur record dans de très nombreux pays à travers le monde et aux États-Unis, où il a atteint un plus haut mardi à 6,53 dollars le gallon (3,78 litres) en moyenne à la pompe, selon l’Association automobile américaine (AAA).
Un niveau très supérieur aux 3,76 dollars auxquels il se négociait au premier jour de la guerre au Moyen-Orient fin février.
La flambée des prix du gazole est devenue un enjeu politique pour les républicains, qui craignent qu’elle ne pèse sur les élections législatives début novembre.
Le gazole est le carburant principal des tracteurs et des camions, et sa hausse alimente l’inflation dans de très nombreux secteurs économiques.
La question d’une interdiction des exportations de gazole semble encore diviser au sein du camp présidentiel, mais plusieurs figures républicaines ont appelé à les restreindre.
« J’ai moi aussi plaidé en ce sens. J’ai dit: +Ne vendons pas notre gazole à l’étranger+ », a affirmé mardi M. Trump, assurant qu’une décision serait prise « rapidement ».
– Quelles conséquences pour les prix américains ? –
A court terme, en cas d’interdiction des exportations, « il y aura davantage d’offre de gazole aux États-Unis et, par conséquent, les prix vont baisser », affirme à l’AFP Jorge Leon, analyste pour Rystad Energy.
Les États-Unis produisent plus de gazole qu’ils n’en consomment et leurs exportations nettes atteignent 1,2 million de barils par jour, selon les analystes de Morgan Stanley (en moyenne sur les douze derniers mois).
Dans le détail, 1,4 mb/j sont exportés, surtout depuis le golfe du Mexique, où se concentre une grande partie des capacités américaines de raffinage, et 0,2 mb/j sont importés, notamment pour fournir la côte est.
L’effet sur les prix pourrait n’être que de courte durée: faute de débouchés, les capacités de stockage de produits raffinés des régions proches du golfe du Mexique « seraient remplis en environ trois semaines », estime Morgan Stanley.
Ensuite, les raffineries devraient réduire leurs cadences face à un marché saturé « et cela signifie qu’elles produiront moins d’essence et moins de carburant d’aviation », avertit M. Leon.
« Ce qu’on verrait probablement, ce sont des prix du gazole en baisse, mais des prix de l’essence et du kérosène d’aviation en hausse », explique-t-il.
Et pour le reste du monde ?
Hors des États-Unis, une restriction des exportations réduirait l’offre disponible et ferait « s’envoler » les prix à la pompe, selon Helge André Martinsen et Tobias Ingebrigtsen de DNB Carnegie.
Comme les raffineries mondiales tournent quasiment à plein régime, réussir à importer davantage de pétrole brut ne changerait pas la donne, soulignent-ils.
L’interdiction américaine constituerait un nouveau choc, notamment pour l’Europe, qui a augmenté sa dépendance à Washington pour le gazole et aurait du mal à remplacer ses volumes sur un marché déjà tendu, où l’offre est très affaiblie.
D’une part, une grande partie des produits raffinés du Moyen-Orient sont indisponibles à cause des perturbations du transport maritime liées à la guerre.
D’autre part, les attaques de l’Ukraine sur les raffineries russes ont contraint Moscou, un producteur essentiel du marché, à mettre en place un moratoire sur ses exportations de gazole.
Selon le cabinet d’analyse Bersingéco, l’arrêt des exportations américaines vers l’Europe pourrait propulser le litre de gazole à environ 3,9 euros à la pompe en France.




