Risques accrus d’un conflit armé dans le Golfe, selon des analystes

Jeudi, deux tankers, un norvégien et japonais, ont été la cible d’une attaque d’origine indéterminée en mer d’Oman, à l’entrée du Golfe, une région cruciale pour le marché de l’or noir qui pâtit de la crise entre les Etats-Unis et l’Iran, ennemis jurés.

L’attaque près du détroit d’Ormuz, un passage stratégique par où transite le tiers du pétrole transporté par voie maritime dans le monde, a fait bondir les prix de pétrole, un mois après une attaque similaire contre quatre navires, dont trois pétroliers, au large des Emirats arabes unis.

« Avec ce nouveau type d’attaque, la région connaît une période dangereuse. Toute erreur de calcul (…) risque d’enclencher une spirale vers une confrontation plus directe », a relevé Elizabeth Dickinson analyste à l’International Crisis Group.

« Il devrait être dans l’intérêt de toutes les parties de trouver une bretelle de sortie (de cette situation) le plus rapidement possible », a-t-elle ajouté à l’AFP.

– « Il suffit d’une erreur » –

Pour Mme Dickinson, les conflits de la région sont en outre « pollués » par les gesticulations des Etats-Unis et de l’Iran dont le numéro un Ali Khamenei a exclu toute ouverture en direction du président Donald Trump.

Téhéran et Washington sont pris dans une dispute à hauts risques depuis le retrait unilatéral en mai 2018 de l’administration Trump de l’accord sur le nucléaire iranien et le rétablissement des sanctions américaines contre Téhéran. Sans oublier les invectives et les menaces réciproques des derniers mois ainsi que les renforts militaires américains dans la région.

Soutenue par l’allié américain, l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux poids lourds au Moyen-Orient, restent engagés dans une course au leadership de cette région stratégique.

Les attaques du 12 mai contre les quatre navires ont été attribuées à l’Iran par Ryad et Washington. Elles ont été suivies deux jours plus tard, par une attaque contre un oléoduc saoudien, revendiquée ouvertement par les rebelles du Yémen voisin soutenus par Téhéran.

Pour Capital Economics, centre d’études basé à Londres, l’attaque de jeudi « contre deux pétroliers dans le golfe d’Oman sont le dernier signe de l’aggravation des tensions géopolitiques dans la région ».

« Il y a un risque croissant de voir les événements se transformer en conflit pur et simple », écrit-il dans une note d’analyse. « Il suffit parfois d’une erreur ou d’une mauvaise communication pour déclencher un conflit plus étendu (…) et la régularité accrue des attaques signifie que ce risque augmente ».

– Pression sur l’économie –

En attendant, les attaques des dernières semaines mettent le pétrole sous pression comme en a témoigné le bond du prix du baril enregistré jeudi. Vers 13H30 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en août grimpait de 2,28 dollar (+3,84%), à 62,25 dollars. Le baril de WTI pour livraison en juillet montait de 1,86 dollar (+3,68%), à 53,00 dollars.

Ce risque a été souligné par le roi Salmane d’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de pétrole, qui a averti début juin que ce genre d’attaques pourraient menacer l’approvisionnement du marché international en pétrole et par conséquent l’économie mondiale.

« La persistance de ces attaques pourrait augmenter suffisamment les risques pour que les navires cessent d’emprunter cette zone, ce qui augmenterait les primes de risque pour les investisseurs, ce qui aurait pour effet d’augmenter les prix de l’énergie », a déclaré à l’AFP Geordie Wilkes, chef des recherches à Sucden Financial.

Karen E. Young de l’American Enterprise Institute, souligne les mêmes risques. « Nous assistons à un flux constant d’incidents, tant sur le front du Yémen que dans les couloirs de navigation du Golfe ».

« Les Etats membres du CCG, en particulier les Emirats, ont travaillé d’arrache-pied pour redorer l’image d’une région dangereuse pour les investissements et le commerce », a-t-elle dit à l’AFP en allusion au Conseil de coopération du Golfe qui regroupe outre les Emirats, l’Arabie saoudite, Bahreïn, Oman, le Qatar et le Koweït.

Et de souligner que « sans savoir avec certitude qui commet ces attaques contre les pétroliers et dans quel but, le facteur de risque continue d’augmenter ».

Avec, selon elle, les attaques des rebelles yéménites sur le flanc sud de l’Arabie saoudite, « toute la péninsule arabique approche du statut de zone de conflit ».

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