Un oléoduc en Arabie saoudite cible d’attaques de drones des rebelles au Yémen

Premier exportateur de pétrole, le royaume saoudien a affirmé que deux stations de pompage dans la région de Ryad avaient été visées tôt par des « drones armés », ce qui a provoqué un « incendie » et des « dégâts mineurs » à une station, avant que le sinistre ne soit maîtrisé.

Principale rivale de l’Iran au Moyen-Orient, l’Arabie saoudite intervient militairement au Yémen depuis 2015, ainsi que les Emirats arabes unis, aux côtés des forces gouvernementales contre les rebelles Houthis soutenus par Téhéran, qui dément néanmoins leur fournir des armes.

Ryad est en outre un proche allié des Etats-Unis qui ont renforcé les sanctions économiques contre Téhéran liées au dossier nucléaire, de même que leur présence militaire dans la région en arguant de « menaces » iraniennes.

Mais le secrétaire d’Etat Mike Pompeo, tout en se montrant favorable au maintien des pressions sur l’Iran, ennemi juré de l’administration de Donald Trump, a déclaré depuis la Russie: « fondamentalement, nous ne cherchons pas une guerre avec l’Iran ».

Face aux tensions croissantes, les cours du pétrole ont rebondi. Vers 13H10 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juillet valait 71,10 dollars à Londres, en hausse de 87 cents. A New York, le baril de WTI pour le contrat de juin gagnait 53 cents à 61,57 dollars.

Tout en annonçant que le géant pétrolier saoudien Aramco « a interrompu temporairement les opérations sur l’oléoduc » Est-Ouest reliant la Province orientale au port de Yanbu sur la mer Rouge après les attaques de drones, le ministre de l’Energie Khalid al-Falih a souligné que la production et les exportations n’avaient pas cessé.

« Les derniers actes de terrorisme et de sabotage dans le Golfe visent non seulement le royaume mais aussi la sécurité des approvisionnements pétroliers dans le monde et l’économie mondiale », a averti M. Falih.

« Ces attaques prouvent une fois de plus qu’il est important pour nous de faire face aux entités terroristes, y compris les miliciens Houthis », a-t-il dit.

– Nouvelles menaces –

Au Yémen, la chaîne de télévision des Houthis a fait état d’une « opération majeure » avec « l’utilisation de sept drones » contre des « installations vitales » saoudiennes.

Il s’agit d’une « réponse aux crimes » de Ryad au Yémen, a déclaré Mohammed Abdelsalam, porte-parole des Houthis.

Dans un communiqué séparé, les rebelles ont menacé de lancer d’autres attaques « si les agresseurs poursuivent leurs crimes et blocus. Nous sommes capables de mener des opérations uniques d’une plus grande ampleur au coeur des pays ennemis ».

Les attaques en Arabie saoudite ont eu lieu deux jours après que deux pétroliers saoudiens, un norvégien et un cargo émirati ont été visés par des « actes de sabotage » au large de l’émirat de Fujairah, aux Emirats arabes unis, selon le gouvernement émirati.

Il n’y a pas eu de victimes et les bateaux endommagés n’ont pas coulé. Ces actions n’ont pas été revendiquées.

Des experts américains, français, norvégiens et saoudiens participent à l’enquête, a indiqué mardi à l’AFP un responsable d’Abou Dhabi, alors que des zones d’ombre demeurent sur la nature des « actes de sabotage » et l’identité des auteurs et/ou des commanditaires.

Pour des experts, si la responsabilité de Téhéran est avérée, il pourrait s’agir d’un avertissement de l’Iran à Washington.

« (…) Des opérations iraniennes limitées contre les Emirats et l’Arabie saoudite pourraient viser à dissuader » ces deux pays » et « indiquer qu’une guerre avec l’Iran ne serait pas limitée au sol iranien », a fait valoir Alex Vatanka du Middle East Institute basé à Washington.

– « Plus d’hommes que ça » –

S’il y a « vraiment eu une tentative délibérée d’endommager ces tankers, alors ce pourrait être un avertissement de l’Iran sur les conséquences d’une quelconque action militaire contre des cibles iraniennes n’importe où dans la région », a noté Neil Partrick, expert du Golfe.

L’Iran, placé sur la défensive, a jugé lundi ces actes « préoccupants et regrettables ». Mais sur un ton de défi, le président Hassan Rohani a aussi affirmé que son pays était « trop grand pour être intimidé par quiconque ».

Mardi, l’ayatollah Ali Khamenei, guide suprême de la République islamique d’Iran, a affirmé qu' »il n’y aurait pas de guerre » avec les Etats-Unis. « Ni nous ni eux cherchons la guerre, ils savent qu’elle ne serait pas dans leur intérêt », a-t-il ajouté selon son site internet Khamenei.ir.

La semaine dernière, le Pentagone avait annoncé l’envoi dans la région d’un navire de guerre et d’une batterie de missiles Patriot, s’ajoutant au déploiement d’un porte-avions et de bombardiers B-52.

Il a justifié ce déploiement par des « signaux clairs montrant que les forces iraniennes et leurs affidés font des préparatifs à une attaque possible contre les forces américaines ».

M. Trump, lui, a démenti une information du New York Times sur un plan pour un éventuel envoi de 120.000 hommes au Moyen-Orient si l’Iran attaquait des forces américaines. « Est-ce que je le ferais ? Absolument. Mais nous ne l’avons pas planifié (…) Si nous devions le faire, nous enverrions beaucoup plus d’hommes que ça ».

ras/tp/feb/mdz

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