Le pétrolier a été endommagé par trois explosions à l’origine incertaine le 6 juin, a indiqué à l’AFP la société de sécurité maritime Vanguard, et de l’eau s’est engouffrée dans le poste de pilotage et la salle des pompes et mis hors service le moteur et le gouvernail.
Des images satellites vérifiées par l’AFP montrent une large nappe qui semble correspondre à une fuite de pétrole provenant d’un navire échoué depuis plus d’un mois près de l’île d’al-Qibliyah, au large de la côte sud d’Oman.
Cette zone est éloignée du stratégique détroit d’Ormuz, où des pétroliers ont été attaqués ces derniers mois dans le contexte de la guerre au Moyen-Orient.
Le navire à l’origine de la fuite pourrait être le Caroline Bezengi, sous sanctions britanniques depuis février, qui a chargé un million de barils de pétrole brut le 11 mai au terminal russe de Sheskharis, sur la mer Noire. Il était toujours chargé lorsque son dernier signal a été enregistré un mois plus tard.
Plusieurs experts mettent régulièrement en garde contre le risque de marée noire que pose la « flotte fantôme » russe, composée de pétroliers souvent vétustes, que le pays utilise pour contourner les sanctions occidentales imposées depuis la guerre en Ukraine et exporter un or noir essentiel à l’économie du pays.
– « 600 kilomètres carrés » –
La nappe de pétrole s’est étendue entre le 24 juillet et le 4 août, pour atteindre une superficie d’environ 600 kilomètres carrés, d’après les images satellites analysées par Greenpeace.
Wim Zwijnenburg, enquêteur indépendant de l’ONG PAX, a également donné la même estimation pour la nappe au 4 août.
De larges pans du littoral de l’île d’al-Qibliyah sont touchés et « d’autres nappes de pétrole s’étendent loin au large, polluant et endommageant davantage cet écosystème marin protégé », a déclaré à l’AFP Nina Noelle, de Greenpeace.
« Alors que le pétrole semble continuer de s’échapper et que le navire s’est échoué dans un endroit difficile d’accès, le risque d’une catastrophe environnementale encore plus grave reste réel », a-t-elle ajouté.
De son côté, M. Zwijnenburg a appelé à une « intervention rapide » avant la « rupture totale du navire » qui provoquerait « une catastrophe environnementale régionale, affectant à la fois la vie des communautés de pêcheurs omanaises et la biodiversité marine et insulaire ».
En 2025, Oman a créé une réserve naturelle autour de l’archipel d’al-Hallaniyat – dont fait partie al-Qibliyah – trésors de biodiversité marine abritant des récifs coralliens, des herbiers et des habitats et lieux de ponte des tortues, oiseaux et mammifères marins menacés d’extinction comme la baleine à bosse de la mer d’Oman, a détaillé Mme Noelle.
– « Pétroliers vétustes » –
L’Organisation maritime internationale a déclaré à l’AFP qu’elle « apportait actuellement son aide à Oman » au sujet de cette fuite de pétrole sans plus de précisions. Mascate n’a pas répondu aux questions de l’AFP.
D’après les sites de suivi des navires consultés par l’AFP, le dernier signal radio émis par le Caroline Bezengi remonte au 11 juin, alors qu’il se trouvait au large des côtes du Yémen.
Des images satellites du programme européen Copernicus examinées par l’AFP suggèrent qu’un navire s’est échoué au large de l’île d’al-Qibliyah entre le 18 et le 23 juin. Sa taille, sa forme et la couleur de son pont correspondent aux images satellites antérieures du Caroline Bezengi avant qu’il ne désactive son système de communication AIS.
Pour Mme Noelle, le Caroline Bezengi illustre les « risques environnementaux graves » liés à la « flotte fantôme » utilisée par Moscou.
« Les sanctions sont contournées grâce à l’aide de pétroliers vétustes et mal entretenus, ce qui met en danger les côtes et les écosystèmes marins », a-t-elle déclaré.
« Même des marées noires relativement modestes peuvent rester présentes dans les sédiments marins pendant des années », a-t-elle rappelé.




