La compétitivité des blés français chahutée par ceux de la Mer Noire

En terme de volume, la variation n’est pas très significative, mais elle l’est en terme de parts de marché, selon les analystes de l’Association générale des producteurs de blé (AGPB).

Malgré des teneurs en protéines moyennes de 11,6% jugées « correctes », les blés français tendent à être moins sollicités par leurs clients réguliers qui ont remonté d’un cran leurs exigences qualitatives et se tournent plus volontiers vers les blés russes et ukrainiens dont la teneur en protéines est souvent supérieure et les prix plus compétitifs.

« Parmi les trois facteurs de compétitivité que sont le coût de production, la logistique et la qualité, la France a un handicap sur le premier et un avantage sur le second « , souligne Nicolas Ferenczi, économiste à l’AGPB.

Pour s’en sortir, le blé français doit jouer sur le troisième facteur et « augmenter la teneur en protéine » des grains. « Nous disposons de l’agronomie et de la génétique pour y parvenir », assure-t-il.

Les exportations françaises de blé tendre vers les pays-tiers, estimées en 2012/2013 à quelque 10 millions de tonnes (Mt), s’inscrivent dans la moyenne des cinq dernières années, selon des données de FranceAgriMer.

Si la France produit bon an mal an environ 35 millions de tonnes de blé en raison de son climat tempéré, ce n’est pas le cas du tandem Russie/Ukraine, où les rendements sont plus tributaires d’hivers rigoureux et d’étés très chauds. « Certaines années, ils ont beaucoup de blé à vendre et d’autres pas », explique Pascal Hurbault, chargé de la communication à l’AGPB.

En 2010 par exemple, suite à une canicule sans précédent, la Russie avait dû se retirer de la scène internationale après avoir vu fondre ses récoltes à 60 Mt, contre 95 attendues initialement, faisant bondir les exportations françaises hors Europe cette année-là à 13 millions de tonnes.

L’épi français à la peine sur les marchés privés

Sur les marchés publics, la prééminence française est importante, mais le blé hexagonal perdu du terrain sur les marchés privés.

Ainsi, en Algérie, où elle détient 80% de parts des importations, la France a contractualisé en 2012-13 auprès de l’Office d’Etat des céréales (OAIC) la vente de 3,8 Mt de blé sur les 5 Mt que le pays importe. Là-bas, la concurrence avec les blés russes et ukrainiens ne se fait pas trop sentir. « Certaines clauses strictes de leur cahier des charges font que les origines Mer Noire ont du mal à se positionner sur ce marché », affirme François Gatel, directeur de France Export céréales. En revanche, les blés originaires de la Mer noire « se positionnent plus facilement sur les marchés privés grâce à leurs prix », affirme M. Gatel.

Ainsi, au Maroc, où les achats passent par des meuniers privés, la part des exportations françaises diminue depuis quelques années, à 40% avec 1,3 Mt de blé vendues en 2012-1013. « Les blés ukrainiens ont été agressifs en première partie de campagne, grâce à leur prix et à une teneur en protéine supérieure. Mais la France a pu prendre le relais sur la seconde partie », indique M. Gatel.

Sur le gros marché égyptien, les parts de marché du blé français varient selon l’année entre 0 et 30% en fonction des disponibilités en Mer noire, sur les quelque 10 Mt que doit importer chaque année le pays pour faire face à ses besoins. En 2012-2013, l’office public égyptien a importé 3,650 millions de tonnes de blé (Mt), dont 720.000 tonnes de blé français. Par contre, le marché privé échappe à l’origine française en raison du rapport qualité/prix, où interviennent l’humidité et la teneur en protéine.

Avec une production de 36 Mt de blé en 2013, la France devrait disposer d’un potentiel exportable de 17 Mt, dont 10,1 à destination des pays tiers. La troïka céréalière Russie/Ukraine et Kazakhstan s’attend à une production 2013 à 86 Mt contre 64 Mt l’an passé et une capacité export de 26 Mt de tonnes contre 23 en 2012.

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