Dans un gymnase d’Andernos-les-Bains, des sinistrés des communes de Lège-Cap-Ferret et Le Porge ont trouvé refuge, de quoi boire et manger, un peu de réconfort.
Mais parmi eux, Maria Lalanne, une vieille dame de 90 ans qui habite Lège, sans famille pour l’aider, semble sonnée par les événements. Dans l’urgence du départ, elle a dû laisser son appareil auditif et ses lunettes à son domicile.
« J’ai la maladie du coeur, de la tension, des yeux… », souffle-t-elle auprès de l’AFP. « Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Je ne sais pas comment est ma maison, si elle a brûlé… Hier, les arbres derrière commençaient à brûler. »
Parti mercredi de Saumos, le gigantesque incendie qui sévit en Gironde a déjà conduit à évacuer 35.000 personnes selon les autorités. Vendredi, la presqu’île du Cap-Ferret a été vidée de ses occupants, par bateau et par la route, et de nouveaux départs ont été ordonnés à Saumos et Le Temple dans les terres, Arès et… Andernos.
Dans le gymnase de la ville, le répit aura donc été de courte durée : les évacués vont devoir repartir.
« Les gens sont informés, ils mangent tranquillement. On a affrété un bus qui les emmènera à Bordeaux », indique Yannick Daisson, responsable du centre d’accueil.
– « Traumatisant » –
Sur la presqu’île très touristique du Cap-Ferret, d’ordinaire bondée au coeur de l’été, c’est le grand vide à la mi-journée. Personne dans les rues, les commerces sont fermés, les rideaux baissés, on n’entend que les cigales.
À l’embarcadère, la famille Maumy est en plein conciliabule. « On se demande comment convaincre mes parents qui ne veulent pas partir de chez eux », explique Cécile à l’AFP. « J’ai pas envie de passer encore la nuit à regarder toutes les deux heures où en est le feu », renchérit son conjoint, Didier.
Clémentine, leur fille, raccroche le téléphone : « ils ont changé d’avis, ma tante les a appelés, les valises sont dehors ». Tout le monde remonte dans la voiture pour aller chercher les grands-parents, « avant qu’ils ne changent d’avis ».
Depuis vendredi matin, les gendarmes ont toqué aux portes de 700 maisons, demandant aux gens de quitter les lieux en leur laissant le temps de le faire, sur la base de la confiance.
« Partir en pleine nuit, en urgence, c’est difficile, ça fait peur, c’est traumatisant, d’autant plus qu’un certain nombre de maisons ont été détruites », a souligné la préfète de Gironde, Sophie Brocas.
C’est ce qu’a dû faire Julie Boisvert, la trentaine, évacuée d’un quartier au Porge, plus au nord, où elle était en famille chez ses beaux-parents. « La maison est au centre du village, on se dit qu’elle est moins vulnérable que d’autres. Mais hier, en voyant la progression du feu en fin de journée, on s’est dit que ça sentait mauvais », raconte-t-elle.
Des milliers d’évacuations interviennent aussi dans les Landes, à Biscarrosse, où un autre feu majeur dévore la forêt.
À la mi-journée, une retraitée à l’air hagard débarque au centre de secours, avec juste son sac à main. Visiblement désorientée, elle dit ne pas savoir quoi faire, ni où aller ; ne pas savoir, surtout, s’il faut ou non rester chez elle.
Après quelques minutes d’explication sur les dispositifs d’accueil, elle repart.




