– Où se situe ce détroit ? –
Bab el-Mandeb, qui signifie « la porte des lamentations », sépare le Yémen, sur la péninsule arabique, de la Corne de l’Afrique et permet de relier l’Europe à l’Asie via le canal de Suez.
Il est long d’une centaine de kilomètres, et large d’une trentaine de kilomètres entre la localité de Ras Menheli, sur la côte yéménite, et celle de Ras Siyyan à Djibouti, ces deux caps marquant la limite entre la mer Rouge et le golfe d’Aden.
A cet endroit, l’île Périm (également appelée Mayyoun), appartenant au Yémen, divise le détroit en deux couloirs maritimes.
– Pourquoi est-il stratégique ? –
Les pétroliers et navires commerciaux venant d’Asie empruntent ce passage maritime pour rallier la mer Rouge puis le canal de Suez et la Méditerranée, et vice versa.
Or si les bateaux ne peuvent plus l’utiliser, la seule alternative est de contourner l’Afrique par le cap de Bonne-Espérance.
Pour l’Arabie saoudite, premier exportateur mondial de brut, Bab el-Mandeb est devenu une voie de contournement vitale depuis le verrouillage du détroit d’Ormuz par l’Iran, de l’autre côté de la péninsule arabique.
Les Houthis ne contrôlent pas encore les côtes bordant directement Bab el-Mandeb, mais se sont emparés jeudi de Mokha, à quelque 70 kilomètres au nord du détroit, et contrôlent plus au nord le port de Hodeida.
Depuis juillet, ils imposent aussi un blocus maritime à l’Arabie saoudite et ont attaqué plusieurs de ses navires, tout en niant vouloir fermer Bab el-Mandeb ou imposer des droits de transit.
Selon l’Institut pour l’étude de la guerre (ISW), les Houthis cherchent ainsi à accroître le coût économique et politique de la guerre pour Ryad afin de le contraindre à mettre fin à ses opérations militaires.
Le trafic par le canal de Suez avait déjà souffert en 2024 après de précédentes attaques des Houthis contre des navires qu’ils disaient liés à Israël. Et il ne s’est toujours pas rétabli: entre janvier et août 2026, il représentait à peine plus de la moitié de son niveau d’avant-crise, selon les données de la plateforme Portwatch du Fonds monétaire international (FMI), analysées par l’AFP.
– Quelles conséquences pour le pétrole ? –
Avant même la guerre au Moyen-Orient, Bab el-Mandeb constituait une artère majeure pour le pétrole, avec 12% des flux mondiaux en 2023, selon l’Agence américaine d’information sur l’énergie (EIA).
Ces derniers mois, le royaume saoudien a considérablement accru ses exportations de brut via le port de Yanbu, sur la mer Rouge.
Elles ont ainsi atteint en moyenne 3,8 millions de barils par jour entre mars et juillet, environ cinq fois leur niveau d’avant-guerre, selon la plateforme Kpler. Elles sont toutefois retombées à 1,5 million en août après la reprise des attaques houthies contre la flotte saoudienne.
Pour Andreas Krieg, spécialiste des questions de sécurité au King’s College de Londres, le « plus grand danger n’est pas nécessairement une fermeture physique de Bab el-Mandeb, mais une incertitude persistante ».
– Quel impact en cas de prise du détroit? –
La guerre au Moyen-Orient a été déclenchée le 28 février par des frappes américano-israéliennes sur l’Iran, suivies de représailles de Téhéran dans la région.
D’abord restés en retrait, les Houthis ont ravivé les hostilités au Yémen en juillet en autorisant l’atterrissage d’un avion iranien malgré le contrôle saoudien de l’espace aérien. La riposte du gouvernement soutenu par Ryad a fait voler en éclats la trêve conclue en 2022.
Une prise de contrôle du détroit leur donnerait un « levier stratégique extraordinaire », estime Andreas Krieg, du King’s College de Londres, même si les Houthis sont déjà en mesure de menacer la navigation sans en contrôler les abords immédiats.




