SPÉCIAL EURONAVAL 2026 : SEA Naval publie son livre blanc sur les technologies stratégiques navales.

Entretien avec l’amiral (2S) Stanislas Gourlez de la Motte, président de SEA Naval.

Propos recueillis par Linda Verhaeghe

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À l’occasion d’Euronaval 2026, SEA Naval, l’association qui fédère les acteurs européens de la construction navale, présente son livre blanc White Paper on Naval Strategic Enablers, consacré aux leviers technologiques qui façonneront les capacités navales européennes de demain. En trois questions, son président, l’amiral (2S) Stanislas Gourlez de la Motte, revient sur les priorités technologiques identifiées, les investissements nécessaires pour répondre à l’évolution des menaces et les enjeux d’interopérabilité et de souveraineté industrielle. 

 

Quel est le rôle de SEA Naval et quelles sont ses ambitions pour l’industrie navale européenne ?

SEA Naval est le groupe naval de défense de SEA Europe. Il réunit les sept principaux chantiers navals militaires de l’Union : Damen, Fincantieri, Naval Group, Navantia, NVL, Saab et TKMS. S’y ajoutent quatre associations nationales : ASSONAVE, GICAN, Maritime Offshore NL et VSM. Nos membres sont concurrents sur le marché mondial. Ensemble, ils parlent d’une seule voix auprès des institutions européennes, sur les volets politique et capacitaire. Notre ambition est simple : le naval doit être reconnu comme un pilier de la défense européenne et de l’autonomie stratégique de l’Union, et être financé à la hauteur. Nous voulons aussi que les instruments européens soutiennent concrètement la coopération industrielle et l’innovation. Nous le faisons déjà au sein de plusieurs projets du Fonds européen de défense. Euronaval 2026 a pour thème « Vers la haute intensité ». Il confirme que les marines européennes se préparent à un retour du combat naval de haute intensité, et la coopération telle que développée au sein de SEA Naval doit contribuer à cette fin. 

Quels constats vous ont conduit à élaborer ce livre blanc et quelles priorités technologiques en ressortent pour permettre à l’industrie navale européenne de concevoir des plateformes plus interopérables, résilientes et adaptées aux menaces futures ?

Si l’on prend un peu de recul, les navires ont toujours été confrontés au défi d’être capables d’agir soit au sein d’une task force réunissant de nombreuses unités, soit seuls de façon autonome, tout en restant efficaces. Les deux évolutions récentes que sont l’accélération du numérique et la dronisation ont cependant significativement accru l’importance d’une approche systémique, qui va reposer sur des démarches, et donc des exigences de connectivité entre l’unité et d’autres unités au sein d’une force navale, ainsi qu’entre l’unité et les drones déployés au niveau local. Il ne s’agira donc pas, et la question le souligne bien, de remplacer les plateformes que nous connaissons et qui gardent toute leur nécessité et utilité, mais de démultiplier leur efficacité : d’un côté dans le cadre du combat collaboratif naval, de l’autre dans le cadre de déploiement et d’accompagnement par des drones. Le premier but de notre document vise justement à montrer la richesse et la diversité des capacités et technologies qui sous-tendent les progrès envisageables, parfois nécessaires. Une plateforme navale est avant tout une démarche d’intégration et de résolution d’un certain nombre de défis, entre le déplacement et la vitesse, l’exploitation et l’énergie, la place disponible et le maintien des capacités au combat. Les strategic enablers décrivent des système susceptibles d’aider à résoudre ces défis.

Au-delà de l’identification de ces priorités, comment ce livre blanc peut-il contribuer à accélérer le développement de ces technologies et leur intégration dans les futurs programmes navals, tout en renforçant la souveraineté industrielle européenne ?

Le livre blanc est une feuille de route partagée. Il s’adresse à trois publics.

  • Aux institutions européennes (Commission, Parlement, Conseil, Agence européenne de défense) : il identifie où concentrer les financements européens, notamment le Fonds européen de défense et les nouveaux instruments de la stratégie de défense européenne, sur des briques à fort effet de levier plutôt que sur des projets isolés.
  • Aux marines : il propose une base commune pour converger plus tôt sur les besoins et les standards. C’est la condition d’une interopérabilité réelle émanant d’une feuille de route technique commune et appuyé par une volonté politique.
  • À l’industrie : il structure la coopération sur les enablers sans remettre en cause la concurrence sur les plateformes. Nos projets FEDEF, de l’architecture numérique navale (EDINAF) à la lutte contre les mines (E=MCM), montrent que ce modèle fonctionne.

Sur la souveraineté, la règle est claire : les briques critiques doivent être conçues, produites et maîtrisées en Europe. L’Union dispose déjà d’une base industrielle navale de premier rang. L’enjeu est de lui donner de la visibilité, des volumes et un cadre de financement stable pour passer plus vite de la R&D au navire en service.


Amiral (2S) Stanislas de la Motte :  Après avoir obtenu son diplôme de l’École navale en 1983, l’amiral Stanislas de la Motte a choisi les forces sous-marines et a passé ses quinze premières années à bord de sous-marins conventionnels, de SSN et de SSBN. En 1996, il a pris les fonctions d’entraîneur « énergie » au sein de l’escadrille des SSN. Après l’école de guerre, il a alterné entre l’état-major parisien (EMA/FN), les unités (PACdG) et l’Escadrille des sous-marins nucléaires d’attaque (ESNA). De 2006 à 2011, il a été affecté à Paris, à l’Etat Major de la Marine (EMM) au sein du bureau de soutien, à l’Etat-Major des Armées (EMA), au CHEM/IHEDN, puis, de 2011 à 2014, au cabinet du ministre de la Défense. Après deux ans à Brest en tant qu’adjoint à l’ALFOST, il est revenu à l’EMM, chargé des relations internationales, puis des affaires nucléaires. En 2019, il a été nommé major général (DCN) de la Marine. Le 1er août 2022, il est devenu Inspecteur général de la Marine, poste qu’il a occupé jusqu’à son départ en juin 2023. Depuis lors, il est conseiller naval auprès du PDG de Naval Group.

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