« La hausse du niveau des mers pourrait créer de nouvelles circonstances favorables pour que les espèces marines non indigènes s’étendent dans des zones côtières nouvellement submergées », explique à l’AFP Xuan Liu, de l’Université normale de Pékin, l’un des auteurs principaux de l’étude publiée dans la revue Nature ecology & evolution.
Ce phénomène pourrait « potentiellement exposer des écosystèmes et des activités humaines qui n’ont pas été auparavant affectés par ces espèces », selon le chercheur.
Les scientifiques ont modélisé la présence de 122 espèces envahissantes (poissons, crustacés, mollusques, étoiles de mer…) comme le crabe bleu ou l’étoile de mer Asterias amurensis, en fonction de scénarios d’évolution du climat et des océans.
Le réchauffement climatique cause la montée des eaux à travers la dilatation des océans et la fonte des glaces.
Les scientifiques s’attendent à une hausse de quelque 20 cm d’ici 2050, et 56 cm d’ici 2100 dans un scénario de progression modérée des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Soit 360.000 km2 de terre côtières submergées d’ici le milieu du siècle et 550.000 km2 à la fin de celui-ci.
« Plus des deux tiers des zone côtières inondées (environ 290.000 à 470.000 km2) seront propices » au développement de ces animaux marins envahissants « d’ici le milieu et la fin de ce siècle, en particulier dans les estuaires des régions des latitudes moyennes », écrivent les auteurs.
Le risque est présent à l’est des États-Unis, dans le golfe du Mexique, en mer du Nord, dans le golfe de Guinée ou encore au nord de l’Australie. Certaines parties de l’Europe sont par exemple déjà confrontées à la colonisation par des huîtres creuses du Pacifique ou le rapane veiné, un mollusque gastéropode d’origine asiatique.
« Les estuaires sont particulièrement à risque parce qu’ils sont directement connectés à l’océan et sont aussi des centres d’activités humaines », souligne Xuan Liu.
« Les espèces invasives peuvent nuire à la biodiversité native par la prédation, la concurrence pour les ressources ou la transmission de maladies », rappelle le chercheur. « Elles peuvent aussi occasionner des pertes économiques substantielles en affectant le secteur de la pêche, l’aquaculture et d’autres activités humaines ».
L’IPBES, panel international d’experts travaillant sous l’égide de l’ONU, estime que les dommages causés par les espèces envahissantes dans le monde s’élevaient à plus de 423 milliards de dollars en 2019.




