Brésil: touchés mais pas coulés, les sous-marins toujours à flot

Un chantier impressionnant, mais qui tourne au ralenti à cause de la crise économique, avec une première mise à l’eau prévue en juillet 2018, malgré des accusations de corruption qui pèsent sur une des entreprises intervenant dans ce programme de défense.

Ce projet pharaonique de construction de cinq nouveaux sous-marins, dont un à propulsion nucléaire, est mené en étroite coopération avec la France, le groupe DCNS ayant remporté en 2009 un contrat de 6,7 milliards d’euros.

En plus du transfert de technologie pour la réalisation de quatre engins conventionnels de type Scorpene, le programme PROSUB prévoit la construction d’un chantier naval et d’une base militaire qui opèrera à Itaguai, dans un complexe de 540.000 m2, à 70 km au sud de Rio de Janeiro.

Le programme vise à assurer la protection des 8.500 kilomètres de côtes du Brésil et de ses gisements de pétrole situés en eaux très profondes. Les nouveaux sous-marins remplaceront les cinq submersibles conventionnels que le pays possède, construits en collaboration avec l’Allemagne entre 1980 et 1990.

Mais la crise est passée par là: plongé dans la pire récession de son histoire, le géant sud-américain doit faire face à de sévères restrictions budgétaires.

– Retards en série –

La mise à l’eau du premier sous-marin conventionnel nouvelle génération, programmée initialement pour cette année, accuse déjà plus d’un an de retard.

En ce qui concerne le volet nucléaire, qui ne prévoit pas de transfert de technologie française, la phase de conception est terminée, mais la construction ne devrait commencer qu’en 2021, pour une mise à l’eau courant 2028, cinq ans au-delà des prévisions initiales.

Pour combler ces retards, près de 1.700 ouvriers travaillent sans relâche, revêtant pour la plupart des combinaisons avec le logo d’Odebrecht, partenaire de DCNS pour la construction des infrastructures.

Ce géant brésilien du BTP est au coeur du méga-scandale de corruption qui secoue le pays, étant accusé de verser systématiquement des pots-de-vins à des politiques pour truquer des marchés publics, notamment de la compagnie pétrolière d’État Petrobras.

Le chantier d’Itaguai n’échappe pas à la règle. Selon les procureurs en charge de l’affaire, Odebrecht a alimenté de 2012 à 2014 les caisses noires du Parti des Travailleurs (PT), alors au pouvoir, pour s’assurer que les travaux continuent de bénéficier de subventions du gouvernement.

« Les enquêtes ne touchent qu’Odebrecht elle-même. Ce qui est mis en avant aujourd’hui ne vise qu’un contrat spécifique, qui concerne les infrastructures », assure à l’AFP Eric Berthelot, président de DCNS Brésil.

– ‘Difficultés absorbables’ –

« L’enquête n’a pas affecté le chantier. Nous avons dû diminuer le rythme des travaux à cause des restrictions budgétaires, mais nous concentrons aujourd’hui tous nos efforts pour que la première mise à l’eau ait bien lieu en 2018 », relativise pour sa part l’amiral Gilberto Max Hirschfeld, responsable du projet.

La première section de la coque sera acheminée en juillet vers le chantier naval, un parcours d’environ quatre kilomètres qui passe par un tunnel de 710 m percé dans la montagne.

Un détail qui en dit long sur l’ampleur du projet, dont l’amiral ne cache pas l’importance stratégique.

« Les richesses du Brésil attirent beaucoup de convoitise et on ne peut pas savoir ce qui se va se passer dans 50 ou 100 ans », prévient-il.

L’amiral rappelle que les délais sont souvent extensibles dans ce genre de chantier, citant notamment les retards de livraison de la nouvelle génération de sous-marin nucléaire français Barracuda, un autre chantier de DCNS, repoussée récemment de 2017 à 2019.

Pour s’adapter aux nouvelles réalités budgétaires, le programme PROSUB a décidé de tout miser sur la construction des sous-marins en elle-même, quitte à ralentir les travaux du chantier naval et de la base militaire, prêts à 63% selon la Marine. L’amiral admet que le nombre d’ouvriers est passé de plus de 6.000 en 2014 à moins de 2.000 actuellement.

« Nous sommes en train de redéfinir quelques ajustements de planning compte tenu des infrastructures qui ont pris un peu de retard. Le pays traverse des difficultés, mais ce sera totalement absorbable », assure Eric Berthelot.

lg/tup/lab/ggy

PETROBRAS – PETROLEO BRASILEIRO

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