Japon: dernière criée du Nouvel an au marché de Tsukiji

Vieux de 80 ans, Tsukiji, haut lieu touristique, doit être déplacé en octobre vers une zone plus excentrée de la baie de la capitale, dans le quartier de Toyosu.

Le rituel, très médiatisé, des premières criées de thon rouge de l’année avait donc ce vendredi une saveur toute particulière.

Réunis avant l’aube dans un grand hangar où s’alignaient d’impressionnants thons géants, à la fois frais et surgelés, les acheteurs, bottes de caoutchouc au pied, ont inspecté minutieusement la qualité de la marchandise avant le coup d’envoi de la vente à 05H30 (jeudi 20H30 GMT), au son d’une cloche.

Malgré l’enjeu, le record de 2013 (155,4 millions de yens) n’a pas été battu. Le thon le plus cher, pêché au large de la préfecture d’Aomori (nord), a ainsi été adjugé au prix de 36,5 millions de yens (268.000 euros) pour un poids supérieur à 400 kg.

“C’est un sentiment très agréable”, a réagi Akifumi Sakagami, chef cuisinier du restaurant de sushis qui a déboursé la somme, après avoir goûté au mets sous les flashs des photographes.

“Nous voulions remporter le meilleur thon car il s’agit des dernières enchères du Nouvel an ici”, a-t-il expliqué, précisant que son patron était prêt à monter jusqu’à 100 millions de yens (735.000 euros).

Et d’ajouter, avec une pointe de nostalgie: “C’est triste que Tsukiji ferme bientôt”.

– ‘L’héritage de Tsukiji’ –

Kiyoshi Kimura, propriétaire de la célèbre chaîne de restaurants Sushizanmai, qui avait remporté la mise ces six dernières années, ce qui lui a valu le surnom de “roi du thon”, s’est cette fois fait plus discret, mais il a tout de même dépensé la somme de 30 millions de yens pour s’offrir un thon de 190 kg, soit le prix le plus élevé au kilo.

Ouvert en 1935, Tsukiji, situé à deux pas du quartier chic de Ginza, est le plus vaste marché de produits de la mer et primeurs du monde: il accueille chaque jour quelque 42.000 visiteurs et propose 480 sortes de poissons, 270 variétés de fruits et légumes, pour un total de 3.000 tonnes de marchandises et une recette quotidienne d’une dizaine de millions d’euros.

Vétuste, insalubre et dangereux en cas de séisme, il est promis depuis des années à un déménagement, mais ce dernier, qui devait initialement avoir lieu en novembre 2016, avait été reporté, une énième fois, en raison de problèmes sanitaires sur le site de Toyosu où se trouvait précédemment une usine à gaz.

La gouverneure de Tokyo, Yuriko Koike, avait en effet ordonné des examens supplémentaires dans la foulée de son élection mi-2016. Elle a finalement tranché en faveur d’un déménagement prévu le 11 octobre 2018 malgré l’opposition de certains négociants, très attachés à Tsukiji, et de nombreux restaurateurs du quartier.

“Nous avons la responsabilité de construire une nouvelle marque de fabrique +Toyosu+, tout en conservant l’héritage de Tsukiji”, a commenté vendredi Shigeo Yokota, représentant des grossistes du marché, à l’occasion de la vente aux enchères. “Je suis fier d’avoir pu prendre part à ce tournant historique et je suis fermement décidé à écrire une nouvelle page avec vous tous”.

Parallèlement, Tsukiji ne disparaîtra pas. Les lieux devraient être réhabilités dans un délai de cinq ans pour une utilisation commerciale, de type parc à thème alimentaire ou espace de vente et restauration.