Un pas vers l’UE? Référendum à suspense en Islande

Selfoss (Islande), 25 août 2026 (AFP) – Rester maître chez soi ou explorer la piste d’un ancrage européen dans un monde plus menaçant? L’Islande se prononce samedi sur une reprise de ses négociations avec l’Union européenne, lors d’un référendum au résultat très incertain.

La consultation ne porte pas sur l’adhésion elle-même, mais sur la réouverture de discussions avec Bruxelles, interrompues en 2013, pour déterminer les conditions dans lesquelles l’île de 400.000 habitants pourrait rejoindre l’UE, notamment dans le secteur hypersensible de la pêche.

« Les gens doivent voir cela comme une opportunité, pas comme une décision finale », explique à l’AFP la Première ministre Kristrun Frostadottir.

« Un oui réduirait les risques: tout le monde aimerait connaître l’avenir. Là, on aurait un accord concret sur la table et des réponses à toutes les questions qui se posent », dit-elle à l’issue d’une « réunion d’écoute » à Selfoss.

Comme dans cette petite ville en terres agricoles, à une cinquantaine de kilomètres de Reykjavik, la dirigeante sociale-démocrate a effectué une tournée à travers le pays pour écouter les questions et les craintes de ses concitoyens.

Samedi, ils devront répondre à la question « L’Islande doit-elle reprendre les négociations d’adhésion avec l’Union européenne? ». En cas de victoire du « oui », un éventuel accord avec Bruxelles ferait l’objet d’un nouveau référendum et nécessiterait probablement une modification de la Constitution ainsi qu’une ratification par les Vingt-Sept.

L’île avait présenté une candidature en 2009, après la crise financière qui avait terrassé son économie. Les négociations, ouvertes en 2010, avaient été gelées trois ans plus tard après l’arrivée au pouvoir d’une coalition eurosceptique.

Le décor a aujourd’hui radicalement changé.

« L’UE regarde autour d’elle, elle conclut des accords avec l’Inde, avec le Mercosur. Nous voyons changer le climat mondial, avec des droits de douane utilisés comme des armes », souligne Mme Frostadottir.

– Une question qui divise –

Dans une économie redevenue prospère mais avec une devise volatile, les Islandais subissent une inflation et des taux d’intérêt élevés: la banque centrale vient de relever son taux pour la troisième fois depuis le début de l’année, à 8%. De quoi rendre l’adoption de l’euro attrayante aux yeux des ménages endettés.

Au plan international, le retour de la guerre en Europe avec l’invasion russe de l’Ukraine a bousculé les certitudes sécuritaires. L’imprévisibilité de Donald Trump et ses velléités sur le Groenland voisin ont ajouté aux inquiétudes: stratégiquement située aux portes de l’Arctique, l’île de l’Atlantique Nord n’a pas d’armée et dépend de l’Otan ainsi que d’un accord bilatéral avec les Etats-Unis pour sa défense.

« Les bouleversements géopolitiques auxquels nous avons assisté récemment ne sont pas à l’origine de ce référendum. Mais, bien sûr, ces préoccupations pèsent sur le débat », décrypte Eirikur Bergmann.

« C’est surtout l’agressivité (américaine, ndlr) à l’égard du Groenland qui a suscité une vive inquiétude en Islande et amené beaucoup de gens à s’interroger sur la place de l’Islande », ajoute ce professeur de science politique à l’université de Bifröst.

Les sondages montrent que la population est quasi équitablement partagée en deux camps.

Employée de bureau, Vilborg Inga Magnusdottir, 33 ans, ne voit aucune raison de bouleverser le statu quo.

« Pourquoi voudrions-nous entrer dans l’Union européenne alors que nous sommes déjà bien comme ça? Qu’est-ce que cela nous apporterait de plus? », s’interroge-t-elle auprès de l’AFP.

Au contraire, Hrafnkell Gudnason votera « ja ».

« C’est de plus en plus dangereux pour un petit pays de rester en dehors de l’UE », estime ce consultant et éleveur de chevaux de 59 ans. « Je pense que c’est plus sûr de faire partie d’une famille plus grande ».

– Compromis sur la pêche? –

Dans un pays où les produits de la mer représentent environ 40% des exportations de biens, la pêche, partie intégrante de l’identité nationale, serait immanquablement un point central des négociations.

Un demi-siècle après la dernière « guerre de la morue » face au Royaume-Uni, beaucoup rechignent à abandonner à Bruxelles la moindre parcelle d’un contrôle des eaux si chèrement conquis.

Pourtant ardemment europhile, la ministre des Affaires étrangères Thorgerdur Katrin Gunnarsdottir a prévenu que Reykjavik réclamerait dans toute négociation le maintien de sa souveraineté dans ce domaine.

Une demande d’exemption difficilement compatible avec la politique commune de la pêche de l’UE dans sa forme actuelle.

Bruxelles reste discret mais a envoyé des signes de compromis susceptibles de déminer le terrain.

Pour l’UE, la perspective d’accueillir un pays riche, stable et déjà largement intégré via son appartenance à l’Espace économique européen constituerait une vitrine avantageuse pour sa politique d’élargissement, tout en renforçant sa présence dans une région convoitée.

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