La menace de l’Iran sur les câbles sous-marins d’Ormuz: de quoi parle-t-on ?

Paris (France), 20 mai 2026 (AFP) – Les Gardiens de la Révolution iraniens ont menacé lundi d’instaurer des « permis » pour autoriser l’utilisation des câbles sous-marins traversant le détroit d’Ormuz. De quelles infrastructures s’agit-il exactement? Et comment ces menaces pourraient-elles se concrétiser?

– Quels câbles passent par Ormuz ? –

Une section de l’AAE-1 (Asie, Afrique, Europe), vaste infrastructure sous marine qui relie des points allant de Hong Kong à l’Italie et à la France, passe par le détroit d’Ormuz.

Les réseaux de câbles FALCON et Gulf Bridge relient eux les pays du Golfe – dont l’Iran – à l’Inde et à l’Afrique de l’Est, remontant jusqu’à l’Egypte.

Transitent par ces câbles, « n’importe quelles données que vous pouvez imaginer: vidéos, courriers électroniques, réseaux sociaux, transactions financières, communications gouvernementales », explique à l’AFP Alan Mauldin, directeur de la recherche au sein de la société spécialisée TeleGeography.

Le potentiel de perturbation mondiale de la menace iranienne serait limité, selon Alan Mauldin, car les données qui circulent entre l’Asie et l’Europe sur l’AAE-1 ne passent pas par le détroit d’Ormuz mais par une autre liaison.

Et « tous les pays du Golfe qui utilisent des câbles sous-marins qui traversent le détroit d’Ormuz disposent de plusieurs autres options », ajoute l’expert.

Néanmoins, « la capacité des réseaux terrestres pourrait ne pas suffire à gérer un reroutage complet du trafic » si les connexions sous-marines du Golfe étaient coupées, remarquait en mars l’expert dans un blog.

Et le Qatar, qui est le point terminal de la branche de l’AAE-1 dans le Golfe, pourrait être particulièrement affecté.

– Quelle menace pèse sur ces câbles ? –

« On est dans un espace géographique restreint, dans un détroit, avec des eaux peu profondes, une mer fermée. C’est particulièrement propice à des opérations de harcèlement.

Par des capacités habitées (bateaux, sous-marins) ou non-habitées (drones, missiles), donc à proximité d’une côte qui, pour l’instant, reste libre de tout mouvement », analyse Eric Lavault, ancien officier de la marine française.

D’ailleurs, observe-t-il, les forces américaines n’ont pas été en mesure d’empêcher l’Iran, qui conserve « un solide potentiel militaire », de lancer des opérations depuis sa longue côte.

Les autorités iraniennes pourraient donc empêcher les opérations de maintenance, la pose de nouveaux câbles, sans compter que si ces câbles sont volontairement ou involontairement endommagés, il faudra les réparer, énumère Eric Lavault.

Partout dans le monde, les câbles sous-marins sont régulièrement endommagés, la plupart du temps par accident par exemple avec les ancres de navires. TeleGeography recense environ 200 incidents par an. Et une flotte de réparation dédiée est en alerte.

Mais ces navires de réparation ont besoin d’autorisations pour pénétrer dans les eaux d’un pays. Lors de leurs opérations, ils restent immobiles sur zone pendant un certain temps, vulnérables à de potentielles attaques.

Un seul navire de ce type appartenant à la société e-Marine, basée aux Emirats arabes unis, se trouve actuellement dans le Golfe, selon Alan Mauldin, limitant les possibilités de réparation tant que le détroit d’Ormuz est bloqué.

– Est-ce conforme au droit ?

A ce stade, les déclarations iraniennes restent floues. S’agit-il de mettre en place des péages? Des permis? Qui serait concerné entre les poseurs de câbles, les propriétaires, les exploitants et les utilisateurs?

« Compte tenu des problèmes de longue date avec l’Iran, tous les câbles qui passent par le détroit d’Ormuz, ont été posés dans les eaux omanaises » mais Téhéran, dont les côtes sont de l’autre côté du détroit, revendique « la souveraineté absolue sur le fond et le sous-sol de sa mer territoriale », soulignait Alan Mauldin dans sa note de mars.

Et « l’Iran joue sur le droit international », souligne Eric Lavault. Car si ce pays a signé la convention de Nations Unies de Montégo Bay de 1982 (CNUDM) qui codifie le droit de la mer, il ne l’a jamais ratifiée, remarque-t-il.

En principe, « ils n’ont pas le droit d’exiger des péages » aux navires ni aux câbles.

La CNUDM autorise la pose de câbles et d’oléoducs dans les zones économiques exclusives des Etats, qui s’étendent jusqu’à 200 milles nautiques (370 kilomètres) de leurs côtes.

« L’Etat côtier n’a normalement pas le droit de s’y opposer », rappelle Eric Lavault pour qui « c’est une fois de plus un pilier fondamental du droit international qui se fissure ».

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