Naufrage de l’Estonia: 25 ans après les victimes déboutées de leurs demandes

Le tribunal de grande instance de Nanterre a estimé que le droit suédois était applicable au vu du lieu du naufrage et que les victimes n’apportaient pas la preuve de « l’existence d’une faute lourde ou intentionnelle imputable à la société Bureau Veritas » et au chantier naval Meyer-Werft.

Cette décision est « sévère » et « très décevante », a réagi l’un des avocats des demandeurs, Me François Lombrez, indiquant étudier l’opportunité d’un appel.

« Il a été fait application du droit suédois dans des conditions ultra restrictives, c’est-à-dire qu’à partir du moment où la société de certification a exécuté son règlement de l’époque, même de manière insuffisante ou approximative, elle n’encourt aucune responsabilité civile », a-t-il regretté.

Seuls 40% des rescapés et ayants droits ont par ailleurs été jugés recevables, soit environ 500 sur 1.116. Ils ont aussi été condamnés à verser au total 70.000 euros au certificateur français et 35.000 euros à la société allemande au titre des frais de justice.

Me Lombrez a qualifié cet élément du jugement de « tout à fait exagéré, pour ne pas dire davantage. Au bout de 22 ans de procédure, je pense qu’on aurait pu épargner ça aux victimes ».

« Il aurait été facile, selon moi, de condamner le bureau Veritas », a réagi depuis Stockholm Henning Witte, l’avocat suédois à l’origine de la procédure, estimant les preuves suffisantes.

« Après un quart de siècle, nous aimerions savoir ce qu’il s’est passé et qui est responsable », a-t-il ajouté, appelant à la création d’une commission vérité où chacun pourrait parler librement sans craindre la prison.

Dans la nuit du 27 au 28 septembre 1994, le ferry de 155 m, qui effectuait la liaison Tallinn-Stockholm avec 989 passagers et membres d’équipage, avait coulé en moins d’une demi-heure au large de la Finlande, dans une mer déchaînée. Ce naufrage, qui a fait 852 morts ou disparus de 17 nationalités, principalement suédois et estoniens, est la pire catastrophe maritime civile en Europe.

– Cimetière marin –

L’audience – qui s’est tenue sur deux jours en avril à Nanterre, du fait de la localisation dans les Hauts-de-Seine du siège du Bureau Veritas – a été l’occasion d’évoquer l' »horreur » vécue par les victimes: « La plupart dormaient, elles ont eu moins de 30 minutes pour sortir », a décrit Pierre-Antoine Courdé, l’un des avocats français des victimes.

Une fois à la mer dans une eau à 10 degrés, « il a fallu survivre et attendre les secours », parfois jusqu’au matin, a-t-il rappelé pour expliquer leur « préjudice d’angoisse de mort imminente ».

En 1997, une commission d’enquête suédo-finno-estonienne avait conclu à une déficience et à une mauvaise conception du système de verrouillage de la porte avant du navire, ayant permis à l’eau de s’engouffrer sur le pont réservé aux voitures. Mais aucune responsabilité pénale n’a été engagée dans ce dossier.

Très vite, plus de 800 rescapés et proches des disparus avaient été indemnisés par l’armateur pour leur préjudice matériel, à hauteur de 130 millions d’euros via un fonds de compensation, mais pas pour le préjudice moral.

C’est ce qu’ils étaient venus demander auprès de la justice française, en assignant, en 1996, le chantier naval allemand et le certificateur français. La procédure, complexe, est allée par deux fois jusqu’en cassation, avant qu’une audience ne soit finalement programmée à Nanterre en avril.

Au cours de ces vingt ans de procédure, aucune expertise judiciaire indépendante n’a été menée pour permettre de déterminer avec certitude les causes du naufrage. Les autorités scandinaves, opposées à un renflouement du navire échoué par 85 mètres de fond, ont en effet interdit toute exploration de l’épave.

En 2005, l’hypothèse d’une explosion avait été envisagée puis écartée par les autorités.

L’épave repose toujours au fond de la mer Baltique: 94 corps de victimes ont pu être repêchés, mais la plupart ont été emportés ou sont toujours prisonniers de la coque du navire, un « cimetière marin » sanctuarisé par un accord entre la Suède, l’Estonie et la Finlande.

alv-agu-jll/tib/tes

BUREAU VERITAS

Les Infos Mer de M&O

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Australie : Canberra défend son engagement au Moyen-Orient face aux critiques de Donald Trump

L’Australie a défendu son implication au Moyen-Orient après les critiques de Donald Trump, qui a jugé la contribution de Canberra « pas terrible...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.