Autant d’enjeux qui seront au coeur d’une rencontre dimanche avec Mark Carney, première visite officielle d’un Premier ministre canadien dans l’archipel français.
« Saint-Pierre-et-Miquelon n’est pas un confetti d’Empire qu’on gère à la petite semaine, c’est la France et l’Europe en Amérique du Nord », souligne la sénatrice Annick Girardin, membre du groupe du Rassemblement démocratique et social européen (RDSE) et ancienne ministre des Outre-mer.
– Une population qui fond –
L’archipel de 242 km2, comptait 5.790 habitants au 1er janvier 2023, selon l’Insee, contre 6.316 en 1999.
Il enregistre plus de décès que de naissances chaque année depuis 2016, sauf en 2021. En 2025, il a compté 51 décès pour 36 naissances, selon l’Institut d’émission des départements d’outre-mer (IEDOM).
Le député Stéphane Lenormand (LIOT) veut « garder espoir »: « en 2026, nous allons avoir plus de 64 naissances », dit-il à l’AFP.
Dans un territoire où le chômage avoisinait 3% en 2025, les jeunes partent étudier dans l’Hexagone ou au Canada et reviennent peu, « faute d’opportunités professionnelles », explique la sénatrice. « La mort de la pêche depuis 1992 a détruit toute perspective économique ».
– Une pêche à bout de souffle –
Depuis le moratoire canadien sur la morue et la sentence arbitrale qui n’a laissé à la France en 1992 qu’une zone économique exclusive de 12.400 km2, la pêche industrielle a fondu: 367 tonnes par an en moyenne entre 2017 et 2022, contre 974 tonnes entre 2010 et 2017, selon l’IEDOM.
« La pêche a un avenir à Saint-Pierre-et-Miquelon si elle se restructure », répond Annick Girardin. « Comment pouvons-nous demander davantage du Canada alors que nous sous-exploitons chroniquement nos propres quotas de pêche »?, s’interroge-t-elle. Le député veut, lui, « pêcher la majorité des quotas dont nous disposons ». Cela suppose une organisation professionnelle structurée à même de gérer la ressource, aujourd’hui surtout exploitée par des bateaux artisanaux.
Huit espèces sont sous quotas dans la zone économique exclusive française et la zone 3PS partagée avec le Canada: crabe des neiges, concombre de mer, flétan blanc, buccin, morue, sébaste, plie grise, pétoncle.
– Un face à face avec le Canada –
La France a demandé en 2014 à l’ONU d’étendre ses droits sur les fonds marins, demande contestée par le Canada. Ce n’est « pas un obscur dossier technique, c’est l’affirmation de notre souveraineté », juge la sénatrice. « La France doit décider si elle veut être une puissance subarctique ou une simple spectatrice ».
Sur le numérique, elle réclame que tout nouveau câble transatlantique intègre « un point d’atterrage sur notre archipel avant de rejoindre le Canada ou les États-Unis ».
Depuis l’arrêt fin février du Cessna d’Air Saint-Pierre, liaison inter-îles et évacuations sanitaires vers le Canada dépendent d’un avion et d’un équipage canadiens, selon l’IEDOM. « Nous devons trouver les moyens de garantir notre indépendance », a plaidé l’élu le 19 mai à l’Assemblée nationale.
Selon l’IEDOM, l’archipel, à 4.300 km de Paris, achète près de la moitié de ses importations au Canada. La vie est chère: l’alimentation coûtait 70,1% de plus que dans l’Hexagone en 2022 (Insee).
– Infrastructures délabrées –
Plus de 200 mètres du quai du commerce de Saint-Pierre, seul point d’approvisionnement de l’archipel, sont fermés par sécurité. Sa remise en état coûterait environ 20 millions d’euros, selon le député Stéphane Lenormand, pour un PIB local de 240 millions d’euros (2015).
Le gouvernement a renvoyé en février le financement au prochain budget.
Annick Girardin y voit « le symbole même des limites d’une gestion purement comptable » depuis Paris.
– Miquelon déménage –
Le village de Miquelon, 600 habitants, bâti à moins de trois mètres au-dessus de la mer, doit être reconstruit à un kilomètre, à au moins dix mètres d’altitude, selon la préfecture.
« L’enjeu majeur de la visite » est « d’annoncer le montant alloué à la deuxième phase », juge la sénatrice, qui table sur « un minimum de 25 ans » pour l’ensemble de la relocalisation, avec un « double village » transitoire.
Pour le député, les priorités sont ailleurs: une nouvelle centrale électrique et la protection de l’isthme vers la presqu’île de Langlade, « poumon économique » de la commune.




