« Navire poubelle »: départ en Manche d’un convoi contesté par des écologistes

Le convoi fait route vers Klaipeda en Lituanie, où il devrait arriver dans une dizaine de jours, a indiqué à l’AFP Alexis Edme, porte-parole de la préfecture maritime de la Manche et de la mer du Nord.

« Les autorités portuaires et le centre de sécurité des navires (CSN) ont autorisé » le convoi à partir après inspections, a ajouté M. Edme.

Le CSN n’a pas souhaité répondre à l’AFP.

Arrivé à Cherbourg en 2007 après un incendie en mer, selon la préfecture maritime, le thonier russe Marginella est, pense l’association Robin des bois, « aujourd’hui bien plus encore qu’hier dans un état de délabrement avancé ».

Le thonier construit en 1985 et mesurant 55 m de long « risque de sombrer en cours de route (…) Le Marginella au fond de l’eau serait un site pollué sous-marin, plein d’amiante, d’huiles et de peintures toxiques », ajoute l’association spécialisée dans le recensement des navires poubelles.

« En sept ans, l’épave a été victime de quelques entrées d’eau et les pompiers ont eu à intervenir. L’armateur du Marginella, Atlanttralflot basé à Kaliningrad (Russie), semble ne plus avoir de navires: il a vendu ses dernières unités à des Chinois », affirme Robin des bois.

« Il n’est pas en si mauvais état que ça. La seule fois où il a pris de la gîte dans le port, c’est qu’il avait pris de l’eau de pluie. Des précipitations par le dessus ont fait que l’eau est rentrée à bord. Et si les pompiers sont intervenus ce n’était pas pour des pompages mais pour récupérer un chien qui avait été abandonné à bord », a de son côté assuré Bertrand Marsset, directeur adjoint de Ports normands associés (PNA) la société propriétaire du port de Cherbourg.

L’Etat a fait « des inspections du Marginella, y compris par plongeurs, de l’état de la coque. Il y a eu des échanges avec le bureau de certification russe et l’armateur », ajoute-t-il.

L’état du remorqueur, le Serval, construit en 1977 et battant pavillon de Saint-Vincent-et-Grenadine, laisse également sceptique Robin des bois.

« La dernière inspection du Serval en janvier 2015 dans le port de Gdynia en Pologne a relevé 11 déficiences. Cet état de précarité est notable depuis huit ans », ajoute l’association.

PNA souligne que le Serval « a également été inspecté par le CSN ». « Il y a eu quelques observations qui ont pu être rectifiées et du coup le remorqueur était apte à l’appareillage », précise M. Marsset.

La préfecture maritime a demandé au remorqueur de lui faire « un compte-rendu toutes les deux heures ».

Le sort du Marginella une fois en Lituanie reste incertain. « L’information que j’ai c’est qu’il va en Lituanie pour être réparé », et peut-être vendu, avance M. Marsset, sans certitude toutefois.

Robin des bois pense de son côté que le Marginella va y être démantelé. « A Klaipeda, il y a un chantier de démolition qui s’occupe assez régulièrement de la démolition de ce type de navire de pêche », explique Christine Bossard, qui suit le dossier pour l’association.

L’association regrette que des « risques inutiles » soient pris et que le bateau ne soit pas démantelé à Cherbourg ou au Havre.

Si son propriétaire emmène le bateau jusqu’en Lituanie « c’est parce qu’il va en retirer un peu d’argent, même si ce sera moins qu’en Turquie », avance Robin des bois.

Voir les autres articles de la catégorie

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.