« Laisse béton, stop à la bétonnisation », « l’eau pour la vie, pas pour leurs profits », pouvait-on lire sur des banderoles brandies pour protester contre cette infrastructure d’ampleur qui doit relier la Seine aux grands ports du Nord de l’Europe d’ici 2032.
« C’est un canal qui est hyper cher » et « destructeur de l’environnement, autant pour les espèces que pour le cycle de l’eau », a dénoncé d’emblée Claire Aubois, porte-parole des Naturalistes des Terres et du collectif Méga Canal Non Merci, appelant à arrêter le chantier.
La manifestation organisée notamment par le collectif Méga Canal Non Merci, les Soulèvements de la Seine et de la Terre, Extinction Rebellion et la Confédération paysanne, s’est lancée en musique, sous la surveillance de près de 900 membres des forces de l’ordre.
Elle a rassemblé 3.500 personnes selon les organisateurs, 2.000 selon la préfecture.
Le cortège s’est rapidement scindé en deux, une moitié des manifestants mettant le cap vers le chantier d’une grande écluse lancé il y a quelques semaines.
Le parcours autorisé vendredi par la préfecture après un bras de fer avec les manifestants prévoyait pourtant que le cortège reste à l’écart de ce site.
– Baignade interdite –
Survolés par deux hélicoptères, les manifestants ont marché à travers champs sous un soleil de plomb avant de s’arrêter pour couper des clôtures et déterrer des piquets qui délimitent un accès au chantier, selon des journalistes de l’AFP.
Ils ont rejoint la route où ils ont été accueillis par les forces de l’ordre. Une partie des manifestants a alors lancé des mortiers de feux d’artifice, suscitant l’embrasement d’herbes sèches dans un champ tout juste moissonné.
Les forces de l’ordre ont répondu avec plusieurs tirs de gaz lacrymogènes. L’incendie a été maîtrisé par les sapeurs-pompiers après avoir parcouru 4,4 hectares, a indiqué la préfecture de la région Hauts-de-France en fin d’après-midi.
Les deux cortèges se sont ensuite retrouvés près d’un canal où plusieurs embarcations de fortune ont été mises à l’eau. Au moins neuf personnes ont été interpellées pour avoir violé un arrêté interdisant la navigation sur le cours d’eau, a précisé la préfecture.
Plus d’une centaine de personnes se sont ensuites jetées à l’eau dans ce canal, où la baignade est interdite, avant une fin de parcours dans le calme.
– « Méga-scandale » –
Long de 107 kilomètres et large de 54 mètres de large, le futur canal Seine-nord Europe a pour objectif de faciliter le transport fluvial de marchandises.
Le chantier a été lancé en 2022 après des dizaines d’années de concertation, a rappelé cette semaine à l’AFP Jean-Yves Dareaud, directeur de territoire Artois-Cambrésis à la Société du Canal Seine-Nord Europe (SCSNE).
Mais « on reste naturellement à l’écoute de toutes les parties prenantes », a-t-il ajouté à l’adresse des opposants au projet.
Parmi eux, Stéphanie Bocquet, secrétaire régionale des Ecologistes du Nord-Pas-de-Calais, a des « doutes sur le report modal », des bateaux vers les camions. Elle appelle à l’arrêt du chantier pour mettre en place un « moratoire, se poser et réfléchir ».
Présent dans la foule, le député LFI nordiste Aurélien Le Coq a dénoncé un « méga-scandale » qui servirait « les intérêts de l’agro-industrie » en fonctionnant comme une autoroute fluviale.
Anne Stambach-Terrenoir, députée LFI de Haute-Garonne a décrit un projet non « viable » à l’heure du réchauffement climatique: « l’aménagement du territoire, on doit le penser à l’aune de ce que nous vivons aujourd’hui, qui est une urgence écologique comme l’humanité n’en a jamais pensé ».
Mathieu Glorian, paysan dans le Pas-de-Calais, a aussi dénoncé le « cercle sans fin » des « expropriations de terres » liées au chantier, qui « vont faire monter le prix de la terre localement ».




