A Mayotte, l’agriculture « broyée » par le cyclone Chido

Dzoumogné, 23 déc 2024 (AFP) – Dans les champs de Mohamadi Sabiti, les plants de bananiers sont pliés, les arbustes décimés. En dévastant l’archipel de Mayotte il y a dix jours, le cyclone Chido a « broyé » plants de manioc, arbres fruitiers et champs de vanille.

Près du village de Dzoumogné, au nord-ouest de l’archipel, Mohamadi Sabiti, 53 ans, inspecte ses plantations de vanille. Certaines lianes ont résisté mais les tuteurs qui les protègent sont presque tous à terre.

Sur ce terrain autrefois ombragé, plus une seule feuille d’arbre n’abrite les gousses vertes du soleil. « Ce qui tient encore risque de griller ou de pourrir avec l’excès d’humidité », affirme l’agriculteur.

Bananiers et manguiers sont « dévastés ». Parmi les quelques orangers efflanqués encore débout, « certains repartiront peut-être mais quand? Dans deux, trois ans ? »

« J’en ai pleuré. C’est une catastrophe. C’est comme si mes champs avaient été passés au broyeur. Les sous que je gagne de mon travail, mes champs, c’est pour nourrir mes enfants », soupire le cultivateur en short et T-shirt gris, accoudé à un tronc d’arbre plié à 90 degrés.

Sur ses deux hectares et demi, les fruits qu’il récolte servent principalement à l’alimentation de sa famille ou sont vendus à ses voisins en circuit « très court ». La vanille, elle, est entièrement revendue et lui assurait un revenu.

– Agriculture vivrière –

L’agriculture à Mayotte a été « rasée » par le cyclone, déplore auprès de l’AFP Saïd Anthoumani, président de la chambre d’agriculture et de la Confédération paysanne locale.

Le cyclone le plus dévastateur qu’ait connu Mayotte depuis 90 ans a causé le 14 décembre des dommages colossaux dans le département le plus pauvre de France, où les secours sont depuis à pied d’oeuvre pour rétablir les services essentiels comme l’eau, l’électricité et les réseaux de communications.

Côté alimentation, « il sera primordial de combler ce que l’agriculture ne pourra plus assurer, puis d’accompagner sa relance », souligne Saïd Anthoumani.

« Ici nous avons une agriculture vivrière et locale, elle nourrit notre population. Et rien ne pourra sortir des champs d’ici un an. Pour le manioc par exemple, qui est très consommé, il faut six mois à un an. Pour les plants de bananiers, c’est 12 à 13 mois » pour qu’ils repoussent, précise-t-il.

En retrait de la départementale qui longe les champs de Mohamadi Sabiti, au milieu des collines, Cheou Abd El Kader inspecte ses champs d’arbres fruitiers et de vanille. Pantalon beige, torse nu, il se taille à la machette un passage parmi les arbustes.

« Il y a des plants à sauver mais il n’y aura probablement pas de récolte cette année », explique le jeune homme qui replante une liane sur l’un des rares tuteurs encore droit.

– Tronçonneuses –

Lui aussi revend sa vanille à l’association Saveurs et senteurs de Mayotte, qui s’était fixé pour objectif en 2018 de relancer la filière, effondrée dans les années 2000, et regroupe désormais une soixantaine de producteurs.

« Selon les dégâts, s’il n’y a plus grand chose dans les champs, il n’y aura rien pendant trois à quatre ans », explique Julie Moutet, coordinatrice de l’association. Les communications sont toujours compliquées et les bilans encore difficiles à dresser.

Chez Fouad Ali aussi, « tout est par terre, tout est détruit ». Ce pépiniériste du nord de l’archipel, également président du Mouvement de défense des exploitants familiaux, espère des aides du ministère pour reconstruire et « acheminer des semences au plus vite ».

De son côté, la FNSEA a annoncé l’envoi vendredi dernier de matériel en urgence, notamment « de tronçonneuses pour pouvoir déblayer les champs et routes afin de pouvoir reprendre l’activité de leurs exploitations ».

Le bilan provisoire de la catastrophe naturelle, facilitée par le réchauffement climatique, s’élève à 35 morts et environ 2.500 blessés.

Les Infos Mer de M&O

Un « Thanksgiving » un peu… électrique au Pôle Sud

Par Eric Chevreuil,  Français de Los Angeles en mission sur une base américaine en Antarctique.   *** Pour nous, Thanksgiving tombe le samedi. Le premier Thanksgiving daterait...

Au cœur de la station Amundsen Scott

Le C-130 de McMurdo n’a eu de cesse de reporter son départ à cause de la météo. Finalement, il est parti à 21h00...

La station Amundsen-Scott

La station américaine Amundsen-Scott est l’habitation terrestre la plus au sud de notre planète, et non, nous n’y vivons pas la tête en...

La Fondation Jacques Rougerie missionnée pour construire le premier musée de Tuvalu

À l’occasion de la COP30, un projet inédit et hautement symbolique a été dévoilé au Climate Mobility Pavilion : la création d’un Musée pour Tuvalu, conçu pour préserver la mémoire, l’identité et le patrimoine d’un pays menacé par la montée des eaux. Au cœur de cette initiative mondiale : la Fondation Jacques Rougerie – Académie des Beaux-Arts, reconnue pour son expertise unique en architecture biomimétique et océanique.

15 novembre 1634 : premier règlement de discipline de la Marine par le cardinal de Richelieu

Dès que la capitulation de la Rochelle, en 1628, eut délivré le cardinal de Richelieu de son principal souci, il résolut de créer...

Carine Tramier, Présidente du Corimer : « Innover, c’est s’adapter et transformer la contrainte en opportunité ! » Les Grands fonds marins – 1

Où en sommes-nous ? L'innovation, pour l'industrie navale et maritime, est un moteur de l'innovation. Pour les grands fonds, l'acquisition des connaissances sur les...

Plus de lecture

M&O 288 - Septembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.