Concordia: le capitaine Schettino acccuse le timonier

Le capitaine, surnommé “l’homme le plus détesté d’Italie” après le naufrage du paquebot de croisières qui avait fait 32 morts en janvier 2012, est poursuivi pour homicides multiples par imprudence, abandon de navire et dommages causés à l’environnement. Son procès a commencé à la mi-juillet.

Depuis le début, le commandant Schettino a rejeté la faute en grande partie sur le timonier, l’Indonésien Jacob Rusli Bin.

Lors de l’audience consacrée aux expertises et contre-expertises, l’ex-capitaine du paquebot, prenant la parole de façon spontanée, a accusé le timonier de ne pas avoir “suivi correctement (ses) ordres”.

Schettino affirme lui avoir ordonné de virer à gauche pour que la poupe du navire s’éloigne du rocher. “Mais le timonier a fait le contraire et nous avons heurté” le récif, a-t-il expliqué.

“Si le timonier n’avait pas commis” cette “erreur”, “l’impact n’aurait pas eu lieu”, a-t-il ajouté.

Interrogé, l’amiral Giuseppe Cavo Dragone, à la tête de l’équipe qui a étudié la boîte noire du paquebot, a répondu que le timonier n’était pas à blâmer: “L’impact aurait eu lieu de toutes les façons”, a-t-il précisé.

Le procès a repris une semaine après le redressement de l’épave du Concordia, une opération réussie et titanesque qui a duré une vingtaine d’heures et a été perçue comme une revanche pour l’Italie après l’humiliation de ce naufrage.

L’un des avocats de la défense, Francesco Pepe, a expliqué à la presse avoir demandé à la cour que des experts se rendent sur le bateau.

“Il est désormais possible de le faire puisqu’une grande partie du Concordia est hors de l’eau”, a déclaré Me Pepe, qui espère qu’une inspection des installations électriques d’urgence, des portes des compartiments étanches et des canots de sauvetage permettra d’y voir plus clair.

Les cinq co-inculpés du capitaine ont bénéficié en juillet d’un accord à l’amiable avec la justice et obtenu des peines “négociées” modérées, allant d’un an et six mois à deux ans et dix mois pour homicides par imprudence.

Le timonier a ainsi écopé d’un an et huit mois de prison.

Ces peines prononcées très rapidement contre aveu de culpabilité ont été jugées trop légères par les parties civiles et un collectif “Justice pour le Concordia”. Certains ont annoncé leur intention de déposer des recours.

Le commandant Schettino s’était vu refuser ce traitement, le parquet ayant émis un avis défavorable.

Naviguant trop près de la côte, le paquebot avait heurté un écueil et s’était échoué, avec à son bord 4.229 personnes, dont 3.200 touristes. Cette manoeuvre et des retards dans les opérations d’évacuation ont mis en évidence une responsabilité écrasante du commandant, dont les avocats jugent cependant qu’il ne peut être tenu comme unique responsable de la tragédie.