Environnement: CMA CGM n’enverra pas ses navires dans l’Arctique

« Nous cherchons en permanence à optimiser les routes maritimes pour réduire la distance et la consommation de carburant », a expliqué le patron de CMA CGM, Rodolphe Saadé, qui présentait à l’Elysée les travaux de la « coalition » du secteur maritime pour la protection de la planète, en amont du G7 de Biarritz.

« Il y a une voie maritime qui nous permettrait de diminuer de 40% le trajet entre Shanghai et Rotterdam. Il s’agit de la route maritime du Nord, celle qui longe la côte de la Sibérie », a-t-il expliqué. « Rendue praticable par les conséquences du réchauffement climatique, elle constituerait un avantage concurrentiel majeur pour les compagnies maritimes. »

« Mais l’Arctique est indispensable à la régulation des courants et du climat. Sa biodiversité est unique et encore méconnue », a remarqué le dirigeant.

« C’est pourquoi j’ai décidé que nos navires n’emprunteraient pas la route du Nord. Et j’invite l’ensemble de l’industrie maritime à faire de même, afin de protéger cet espace naturel encore préservé », a déclaré M. Saadé.

Le passage du Nord-Est (ou route du Nord) est une voie maritime qui permet de relier l’Asie à l’Europe par le détroit de Béring et l’Arctique, en longeant la côte nord de la Russie. Plus courte de 4.000 km au moins, cette voie maritime permet de gagner en temps –une à deux semaines– et en carburant par rapport à la route classique via le canal de Suez.

Elle devient praticable grâce au réchauffement climatique, même si les navires doivent encore être accompagnés de brise-glace, comme l’a fait un porte-conteneurs du groupe danois Maersk en septembre 2018. La Chine et la Russie misent beaucoup sur ce nouvel axe, mais les défenseurs de l’environnement s’inquiètent des risques de pollution et des atteintes à la biodiversité.

Rodolphe Saadé a par ailleurs réitéré l’engagement de CMA CGM de choisir le gaz naturel liquéfié (GNL), moins polluant, pour ses futurs porte-conteneurs géants.

Il présentait à l’Elysée la charte Sails (pour « Sustainable Actions for Innovative and Low-impact Shipping », Actions durables pour une navigation innovante et à faible impact écologique).

Celle-ci engage notamment dix armateurs français à oeuvrer pour la protection des cétacés, la réduction de l’impact sonore sous-marin des navires, la diminution des émissions de polluants atmosphériques et de gaz à effet de serre, l’optimisation de la performance énergétique des navires, une meilleure définition des routes maritimes et la sensibilisation des passagers.

Le président d’Armateurs de France –et patron de Brittany Ferries– Jean-Marc Roué a profité vendredi de l’occasion pour insister sur l’enjeu de la décarbonation du secteur, d’autant que l’investissement maritime se fait sur le long terme.

« Je vous invite (…) à lancer dès 2020 un changement profond dans la vision de la fourniture en énergie de notre pays, et notamment pour les carburants et autres solutions décarbonés. Ces solutions existent, mais sont beaucoup trop issues de source fossile », a-t-il lancé au président français Emmanuel Macron.

« Beaucoup de porteurs de projets sont usés des discussions sans fin et abandonnent », a-t-il déploré, estimant que la France devrait être « le moteur » de cette ambition auprès de la nouvelle Commission européenne, avec « bien entendu un budget alloué ».

liu/sw/jug/eb

A.P. MOELLER-MAERSK

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