Les Eparses, des îlots préservés de biodiversité stratégiques pour la recherche

« Les Éparses sont des sites de référence car non perturbés par la pêche côtière et les rejets des bassins versants liés à l’urbanisation, mais impactés par les changements globaux comme l’acidification des océans », explique à l’AFP Matthieu Le Corre, directeur du laboratoire d’écologie marine (Ecomar) à l’université de La Réunion.

« On appelle ça un +hot spot+ de biodiversité », poursuit le chercheur, « un endroit où ne pèsent quasiment que des menaces naturelles, généralement dérisoires comparées aux menaces humaines » qui érodent la biodiversité dans les îles voisines.

Les Éparses, qui regroupent cinq îles (Tromelin, Les Glorieuses, Juan de Nova, Bassas da India et Europa) éparpillées autour de Madagascar, sont restées des sites importants de ponte des tortues vertes et imbriquées, espèces menacées et protégées.

Dauphins et baleines y passent aussi en toute tranquillité. Elles abritent également plus de 40% des oiseaux marins de l’océan indien occidental: pailles-en-queue à brins rouges, frégates du Pacifique, sternes fuligineuses et caspiennes, fous à pieds rouges viennent s’y reproduire.

En interaction permanente avec l’océan, ces oiseaux sont des « bio-indicateurs » importants de ses altérations. Plusieurs programmes ont permis de les mesurer, les baguer et de suivre ainsi leur déplacements en mer à la recherche de poissons volants, qui sont également la proie des thons.

La collaboration est étroite avec Madagascar, les Comores, Mayotte, les Seychelles et l’Afrique du Sud car « seule une approche régionale a du sens quand on parle de ressources halieutiques ou d’oiseaux marins », insiste M. Le Corre. Surtout dans une zone où la pêche industrielle est encore en expansion.

« La situation stratégique des Éparses est l’occasion de mettre en place une gestion raisonnée des pêcheries », abonde Cédric Marteau, directeur de la conservation du patrimoine naturel aux Terres australes et antarctiques françaises (Taaf), collectivité administratrice des Éparses depuis 2007.

Il pense notamment à une coopération sur la pêche artisanale avec Madagascar et le Mozambique en lien avec un programme de recherche franco-américain sur la connectivité génétique des poissons-clowns. Il a permis d’établir comment des poissons nés dans les récifs coralliens d’Europa peuvent se retrouver sur les côtes du Mozambique et de Madagascar.

– Des richesses encore mal connues –

« L’enjeu est de faire prendre conscience à nos voisins de l’intérêt de mettre en place une aire marine protégée. Nos récifs protègent les poissons dont les larves viennent repeupler leurs côtes », explique Cédric Marteau.

Aux Glorieuses, pourtant classées en parc naturel marin, c’est bien la petite pêche artisanale illégale en provenance de Mayotte ou des Comores qui exerce une pression sur la biomasse, dont la richesse est mal connue faut d’avoir été répertoriée.

« On utilise ces îles comme observatoires de l’environnement mais encore faut-il y aller régulièrement et y rester. Mon rêve le plus cher serait qu’elles soient équipées de stations de recherche permanentes. Mais il faudrait que cela ne soit pas la crise… », déclare Matthieu Le Corre.

Sur l’île de Juan de Nova, l’ancienne station météo, pour le moins défraîchie mais qui a déjà abrité quelques scientifiques téméraires dans des conditions spartiates, devrait être rénovée.

La feuille de route pour les îles Éparses, classées réserve naturelle depuis 1975, est en effet de « développer conjointement la conservation et la recherche », affirme Cédric Marteau, en exploitant le savoir-faire des Taaf qui soutiennent chaque année quelque 250 chercheurs dans les bases des îles australes et de l’Antarctique.

« Si on arrive à conserver ces îles dans cet état préservé, les chercheurs viendront », assure M. Marteau.

– Vaste opération de dépollution –

A la suite d’un appel lancé en 2010, 53 candidatures, à 50% américaines et 50% européennes, dont la moitié françaises, ont été reçues. Finalement 36 programmes ont été retenus aussi variés que la sismologie pour les tsunamis, des marégraphes pour étudier le niveau de la mer, l’étude des coraux, des populations de poissons, mammifères marins ou encore de la dilatation des molécules d’eau, signe de réchauffement global.

Parallèlement, une vaste opération de dépollution a été menée de 2009 à 2011 pour enlever 1.300 m3 de « déchets historiques », dont 600 tonnes de ferraille, 14 tonnes de batteries, 12 tonnes d’hydrocarbures périmés. A présent, les déchets du quotidien sont traités, et notamment une tonne par mois et par île de tongs, bouteilles en plastique, filets et bouées de pêche et autre déchets hospitaliers que la mer pousse sur ces plages vierges.

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