Premier producteur d’Afrique, le Maroc veut moderniser son « or marin »

Pour matérialiser cette volonté, le royaume a organisé jusqu’à dimanche la 3e édition du salon « Halieutis » à Agadir (sud), sa principale station balnéaire mais aussi un de ses principaux ports de pêche.

Le nom de ce rendez-vous international – 60.000 visiteurs de 32 pays cette année – est tiré du projet de modernisation lancé en 2009 par le Maroc, dont l’objectif est de tripler la part du secteur dans l’économie.

Alors que le royaume compte plusieurs milliers de kilomètres de côtes, parmi les plus poissonneuses au monde, la pêche représente déjà plus de 2% du PIB, mais la ressource reste largement à valoriser, selon des experts.

« On atteindra les objectifs que nous nous sommes fixés », fait valoir, en marge du salon, le ministre de l’Agriculture et de la pêche maritime, Aziz Akhannouch.

En 2014, le Maroc a produit 1,3 million de tonnes de poissons, ce qui en fait le premier producteur d’Afrique. Il s’agit de 82% des objectifs du programme, dont le terme n’est prévu qu’en 2020, met-il en avant.

Cette même année a vu le gouvernement signer un nouvel accord – d’autres existent avec la Russie et le Japon – d’un montant de 40 millions d’euros avec l’UE, un partenaire qui représente 63% de la valeur à l’exportation.

Le précédent accord avait été dénoncé fin 2011 par le Parlement européen, des députés considérant qu’il ne prenait pas assez en compte les intérêts de la population du Sahara occidental, ex-colonie espagnole contrôlée par le Maroc mais revendiquée par des indépendantistes sahraouis. La pêche est une des rares ressources de ce vaste territoire de moins d’un million d’habitants.

Après deux années de rupture, 126 bateaux de pêche européens, essentiellement espagnols, ont de nouveau été autorisés à croiser au large des côtes.

A Agadir, M. Akhannouch s’est entretenu avec le commissaire européen en charge de la pêche, Karmenu Vella, qui consacrait sa première visite hors d’Europe au Maroc.

Le marché européen est « prometteur » et « l’embellie de la zone euro a permis d’accroître les exportations de 25% en valeur », a relevé le ministre dans une déclaration à l’AFP.

– Volet durabilité –

Le partenariat avec l’UE s’étend aussi au domaine de l’aquaculture, une « alternative à la stagnation de la production mondiale », selon lui.

Un accord de jumelage a été signé avec l’UE avec pour objectif d’améliorer la « traçabilité et l’étiquetage ». Il prévoit de « consolider la filière, de la production à la consommation », indique la directrice française de la pêche maritime et de l’aquaculture, Cécile Bigot.

Au-delà de la valorisation des exportations, le plan « Halieutis » intègre un volet durabilité, pour pérenniser une ressource parfois surexploitée, comme ce fut le cas du poulpe, dont le Maroc vient de reconstituer les stocks.

« Nous avons mis en place des plans d’aménagement pour ajuster les captures en fonction des capacités », explique le directeur de l’Institut national de recherche halieutique (INRH), Abdelmalek Faraj. Un autre programme vise les navires et les barques, en les équipant de puces pour contrôler la pêche illicite et la surexploitation.

Grâce à des eaux riches en sels nutritifs, les façades maritimes du pays, atlantique et méditerranéenne, abritent au total près de 200 espèces de poissons commercialisés, un vivier aussi pour la recherche scientifique, domaine auquel le Maroc commence à s’intéresser.

« Nous développons actuellement une expertise dans le domaine de l’ingénierie alimentaire, la biotechnologie et le domaine sanitaire », affirme M. Faraj.

Le centre de valorisation mis en place a, par exemple, mis au point un système pour extraire du collagène, utilisé dans les industries cosmétiques et alimentaires, à partir d’écailles de sardine, dont le pays est le premier producteur. L’objectif à terme est de « trouver des applications industrielles », note-t-il.

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