Une vidéo montre des garde-côtes chinois armés affronter des marins philippins en mer de Chine

Manille, 20 juin 2024 (AFP) – L’armée philippine a diffusé une vidéo montrant des garde-côtes chinois armés lors d’une violente altercation avec des membres de la marine philippine près d’un atoll stratégique en mer de Chine méridionale, s’attirant les reproches de Pékin qui a accusé Manille jeudi d’avoir « aggravé les tensions ».

L’affrontement a eu lieu lundi, pendant une mission de ravitaillement pour des soldats philippins stationnés sur un navire militaire échoué sur l’atoll Second Thomas, selon Manille.

Les nouvelles images de la confrontation, diffusées mercredi soir par l’armée philippine, présentent des marins chinois crier et brandir des couteaux ainsi qu’une hache, depuis de petites embarcations, mais aussi frapper à l’aide de bâtons un bateau pneumatique.

Les incidents en mer entre la Chine et les Philippines se sont multipliés ces derniers mois, alors que Pékin redouble d’efforts pour faire valoir ses prétentions territoriales dans cette zone maritime contestée.

Le général Romeo Brawner, chef d’état-major de l’armée philippine, a déclaré mercredi que l’équipage philippin, en infériorité numérique, n’était pas armé et s’était battu « à mains nues ».

Un marin philippin a perdu un pouce lors de l’incident, au cours duquel les garde-côtes chinois ont confisqué ou détruit du matériel philippin, notamment des armes à feu, selon l’armée philippine.

– Accusations « bidon » pour Pékin –

Le marin chinois armé d’une hache avait « menacé de blesser » un militaire philippin, tandis que d’autres « menaçaient explicitement de porter atteinte » aux forces philippines, a indiqué Manille.

Une autre séquence montre un garde-côte chinois frappant violemment un bateau pneumatique à l’aide d’un bâton. Un deuxième homme est également vu en train de taillader le bateau à l’aide d’un couteau.

Les marins philippins, vêtus de tenues de camouflage marron, de casques et de gilets, ne portent pas d’armes sur ces vidéos.

Ces images diffusées par les autorités philippines contrastent fortement avec les photos publiées mercredi par les médias d’Etat chinois, qui ne montraient pas d’hommes armés.

Interrogé à propos de cette vidéo, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a balayé jeudi les allégations « totalement bidon » de Manille et l’a accusé de vouloir « rejeter de façon calomnieuse » la responsabilité de l’incident sur Pékin.

« Cette opération menée par les Philippines n’est en aucun cas un ravitaillement de matériel humanitaire », version défendue par Manille, a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse régulière.

« Ces navires philippins transportaient non seulement des matériaux de construction, mais aussi des armes et des équipements et ont délibérément percuté des navires chinois. Ces marins philippins ont également jeté de l’eau et lancé des objets sur les forces de l’ordre chinoises. Ces pratiques ont évidemment aggravé les tensions en mer », a-t-il souligné.

– Engagement de Washington pour Manille –

Manille a accusé Pékin d’avoir commis un « acte de piraterie » à l’encontre de ses forces. Elle a exigé la restitution des objets « pillés » par les Chinois, dont sept fusils, ainsi que des compensations pour les équipements endommagés.

Pékin revendique la quasi-totalité de la mer de Chine méridionale, une importante route commerciale, et ignore un arbitrage international qui lui a donné tort en 2016. Elle y fait patrouiller des centaines de navires des garde-côtes et de la marine et y a transformé plusieurs récifs en îles artificielles militarisées.

Les analystes estiment que Pékin multiplie les confrontations avec les Philippines pour tenter de les évincer de la mer de Chine méridionale.

Selon Jay Batongbacal, directeur de l’Institut des affaires maritimes et du droit de la mer à Manille, les forces chinoises pourraient s’apprêter à s’emparer du navire philippin échoué sur l’atoll Second Thomas.

« Le déploiement de leurs forces autour de la Sierra Madre (le nom du bâtiment) et des nombreux récifs autour des îles Kalayaan indique qu’ils sont prêts à le faire », a-t-il déclaré, faisant référence aux zones revendiquées par Manille dans les îles Spratleys.

De hauts responsables de l’administration Biden ont déclaré à plusieurs reprises qu’une « attaque armée » contre des navires, des avions, des forces armées ou des garde-côtes philippins, où que ce soit en mer de Chine méridionale, déclencherait l’application du traité de défense mutuelle.

Lors d’un appel avec son homologue philippin Enrique A. Manalo mercredi, le secrétaire d’État américain Antony Blinken a « souligné que les actions (de la Chine) nuisent à la paix et à la stabilité régionales », selon le département d’État.

M. Blinken a aussi « souligné l’engagement indéfectible des États-Unis envers les Philippines dans le cadre de notre traité de défense mutuelle ».

Pour Duan Dang, un analyste de la sécurité maritime basé au Vietnam, ces affrontements « nous rapprochent dangereusement » d’une situation où les États-Unis seraient obligés d’intervenir militairement.

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