Sécheresse : les ports de plaisance en quête de sobriété et d’exemplarité

La sécheresse s’installe partout en France comme au-delà de nos frontières. Cette situation de stress hydrique devrait malheureusement perdurer : il va donc falloir composer avec elle, via de nouvelles façons de consommer l’eau potable. Les ports de plaisance font partie des infrastructures directement concernées par cette situation, notamment en période estivale. La Fédération Française des Ports de Plaisance (FFPP) a d’ores et déjà initié une réflexion et des actions autour de trois axes majeurs : sobriété, résilience et exemplarité.

Les arrêtés préfectoraux de l’été 2022 avaient entraîné une série de mesures d’urgence dont, notamment, des coupures d’eau sur les pontons des ports de plaisance. Les plaisanciers avaient joué le jeu, compréhensifs. Un an plus tard, le même scénario menace…

Alors, avant que l’urgence ne devienne une routine, la Fédération Française des Ports de Plaisance a décidé de mettre en place un projet global et collectif afin de trouver des solutions concrètes et rapides pour réduire sensiblement, et dans la durée, la consommation d’eau potable des ports et de leurs usagers. 

Ce plan d’action est détaillé dans un guide technique réalisé de façon collective à destination des gestionnaires de ports (guide financé à 65% par l’Etat dans le cadre du plan Destination France, mesure « ports de plaisance d’avenir »).

« Tous nos ports de plaisance sont concernés par ce nouveau défi d’une gestion optimisée des consommations de l’eau, explique  Michaël Quernez, Président de la FFPP, Ces actions entrent en cohérence avec les autres dynamiques environnementales, sociétales et climatiques mises en œuvre dès les années 80 par nos adhérents, et, depuis 2011, dans le cadre de notre certification Ports Propres et Ports Propres actifs en biodiversité. Le défi central est de réussir à maintenir une prestation de qualité et un environnement de travail favorable aux acteurs et prestataires des ports, tout en s’inscrivant dans une dynamique de maîtrise, de rationalisation et de réduction drastique des différentes formes de consommation d’eau douce. Les réponses à apporter sont très diversifiées, allant de simples « petits gestes au quotidien » à la mise en place de solutions beaucoup plus structurantes. »

Bon sens et simplicité 

Les bornes de quai et les sanitaires sont les deux principaux postes de consommation d’eau potable (respectivement 30 à 40% et 20 à 50%), suivis de près (10 à 20%) par les zones techniques d’entretien des navires (aires de carénage). Or, des économies sont possibles, assez facilement. Les quelques exemples suivants s’inscrivent dans un ensemble de mesures complémentaires, toutes nécessaires pour arriver à un résultat : Le rinçage à l’eau de mer suffit pour une majorité du matériel, notamment la coque et le pont du navire, l’eau douce n’étant nécessaire que pour le moteur, le gréement courant, les voiles et uniquement lorsque cela se justifie  ; L’utilisation des sanitaires répond aux mêmes règles de bon sens et de sobriété qu’au quotidien, chez soi, ou encore au camping, à l’hôtel… ; Les carénages peuvent être programmés à l’automne ou en hiver afin d’échelonner ces opérations et de les réaliser en dehors des périodes de grandes sécheresses ; Enfin, La récupération de l’eau de pluie et le recyclage des eaux usées, notamment pour le carénage, sont à l’étude lorsque cela est techniquement possible et que la réglementation le permet.

Accompagner les changements d’habitudes 

Ces nécessaires changements concernent tous les acteurs des ports de plaisance : responsables et collaborateurs du port, plaisanciers, mais aussi les commerçants des marinas et leurs usagers, les promeneurs… Bien consciente de la multiplicité des enjeux et des contraintes de chacun, la FFPP a prévu un ensemble d’outils pour accompagner ces transitions : des actions de sensibilisation, la mise en place d’équipement hydro-économes, le suivi des consommations, la réparation des fuites…

Adapter le contexte réglementaire 

Les ports de plaisance attendent d’ailleurs des assouplissements concrets pour la réutilisation de l’eau suite à l’annonce du Plan eau du Gouvernement. Aujourd’hui, la réglementation ne permet pas de faire fonctionner les zones techniques des ports en circuit fermé, comme cela se pratique dans le lavage de voitures. La FFPP souhaite interpeller le Ministère de la transition écologique sur ce sujet spécifique.

Certification « Ports Propres »

Les gestionnaires des ports de plaisance sont pleinement conscients des enjeux environnementaux. Des actions concrètes sont en place depuis les années 80 et, en 2011, la certification « Ports Propres », une première mondiale portée par la France et l’Union des Ports de Plaisance Provence-Alpes-Côte d’Azur et Monaco (UPACA), est un marqueur d’excellence en matière de gestion environnementale des ports de plaisance. À ce jour, plus de 100 ports de plaisance maritimes français sont certifiés « Ports Propres » ce qui représente environ 20% des ports. Une cinquantaine de ports de plaisance ont initié des actions pour s’inscrire dans le processus de certification qui peut prendre plusieurs années. Elle traduit une volonté forte de la part des gestionnaires de port de plaisance de prendre des engagements concrets pour lutter en faveur de la préservation des milieux aquatiques et du développement durable des activités littorales et marines. « Toute la filière nautique et plus largement l’économie littorale sont confrontées au défi de la gestion de l’eau, qu’il conviendra de relever collectivement, précise encore Michaël Quernez. Les ports de plaisance vont jouer un rôle important pour faire évoluer les comportements des usagers et rendre leur modèle plus vertueux. Les idées ne manquent pas, mais certaines d’entre elles sont dépendantes de l’évolution du cadre réglementaire, notamment sur le recyclage de l’eau, qui libèrerait de nouvelles marges de manœuvre à exploiter par les ports. »

Quelques chiffres

Début 2023, 44% des ports interrogés envisageaient de mettre en place des actions pour réduire leur consommation d’eau potable.

Consommation moyenne d’une place à flot : 10,9 m3/ anConsommation par an et par habitant en France : 54 m3Consommation par emplacement et par an dans un camping en France : 15 et 50 m3Consommation par élève et par an dans un établissement scolaire : 3 à 5 m3

Quelques pistes pour réduire la consommation d’eau potable des ports de plaisance 

  • Sensibiliser et responsabiliser l’ensemble des usagers et acteurs des ports de plaisance

  • Généraliser les bornes intelligentes et facturer au réel des consommations

  • Réduire les fuites et rénover les équipements

  • Réduire les points d’eau en accès libre

  • Limiter voire interdire l’usage des sanitaires embarqués (moins vertueux que ceux des ports)

  • Promouvoir le nettoyage à l’eau de mer et mettre en place des circuits eau de mer sous pression

  • Récupérer l’eau de pluie

  • Mettre en place des aires de carénage avec recyclage des eaux en circuits fermés (si contexte réglementaire favorable)

  • Mettre en place des stations de dessalement (dans les ports où cela est pertinent, mais cette technologie est onéreuse et énergivore)

En savoir + sur la Fédération Française des Ports de Plaisance (FFPP)

Créée en 1979, la FFPP est reconnue par l’État pour représenter et soutenir les intérêts des ports de plaisance maritimes, fluviaux et lacustres sur l’ensemble du territoire national, y compris Outre-mer. Citée comme organisme de référence, elle est l’interlocutrice officielle des ports de plaisance auprès des pouvoirs publics. Elle participe, en étroite collaboration avec les unions régionales affiliées, au développement économique, environnemental et social du territoire maritime et fluvial français. Au service de tous les acteurs en lien avec les ports de plaisance, la FFPP est au cœur d’un élan fédérateur synonyme de projets forts et de croissance dynamique.

 
 
Crédits photo : Armand Khoury sur Unsplash
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La revue trimestrielle MARINE & OCÉANS est éditée par la "Société Nouvelle des Éditions Marine et Océans". Elle a pour objectif de sensibiliser le grand public aux principaux enjeux géopolitiques, économiques et environnementaux des mers et des océans. Informer et expliquer sont les maîtres mots des contenus proposés destinés à favoriser la compréhension d’un milieu fragile.   Même si plus de 90% des échanges se font par voies maritimes, les mers et les océans ne sont pas dédiés qu'aux échanges. Les ressources qu'ils recèlent sont à l'origine de nouvelles ambitions et, peut-être demain, de nouvelles confrontations.

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