Lorsque l’été bat son plein sur le littoral du Var, la Direction départementale des territoires et de la mer (DDTM) effectue des rondes pour s’assurer que les lourdes ancres et longues chaînes des bateaux ne raclent pas les fonds et arrachent des rhizomes – ou racines – des herbiers de posidonie, grands alliés dans la lutte contre le changement climatique.
« Des mètres carrés de posidonie enlevés, c’est de la production d’oxygène en moins. Pour la planète, c’est un peu comme si on rasait des forêts entières », résume Pierre Mingeaud, plongeur et inspecteur de l’environnement à la DDTM.
Plante endémique en Méditerranée aux longues feuilles fines, la posidonie séquestre du carbone et produit de l’oxygène. Elle filtre l’eau, préserve les plages de l’érosion et sert d’abris à de nombreuses espèces.
A quelques encablures de l’île de Porquerolles, devant un paysage idyllique de collines boisées plongeant dans une mer azur, des dizaines de bateaux sont au mouillage.
Deux plongeurs de la DDTM, épaulés par une équipe du Parc national de Port-Cros, s’immergent pour filmer tout potentiel arrachage de racines.
Si le bateau ne provoque pas de dommages, il en ira d’un simple rappel de la règlementation qui interdit l’ancrage des bateaux sur ces herbiers sous-marins.
Si des rhizomes sont arrachés, l’infraction est passible d’une peine de 150.000 euros et trois ans d’emprisonnement selon le code de l’environnement. Une amende doublée en cas d’infraction dans un parc national.
– « Planter une pioche » –
Pour des touristes italiens, la journée s’assombrit. En retirant l’ancre de leur yacht, un mètre carré de posidonie arraché, estime à sa sortie de l’eau Pierre Mingeaud.
« C’est un peu comme si vous plantez dans la pelouse une pioche et que vous tirez vers vous, ça fait un sillon », explique-t-il.
Mécontent, le plaisancier conteste. Le parquet devra décider d’éventuelles poursuites devant le tribunal maritime de Marseille.
Dans le bassin méditerranéen, les herbiers de posidonie ont perdu 10% de leur surface au cours du siècle passé. Comme dans d’autres pays européens, plusieurs initiatives en France visent à enrayer cette perte et à accroître la superficie des herbiers.
La Méditerranée française en abrite quelque 80.000 hectares, 66% en Corse et 33% en Provence-Alpes-Côtes d’Azur, rappelle à l’AFP le chef de l’unité littorale des Affaires Maritimes du Var, Franck Goguy.
Sur une vingtaine de bateaux contrôlés en une journée, nombreux sont les plaisanciers qui méconnaissent ou négligent la règlementation, imposant de jeter l’ancre sur les bancs de sable. Tout comme ils ignorent généralement l’existence d’applications permettant de différencier zones sableuses et prairies de posidonie.
« Il y a encore besoin de faire de la pédagogie », reconnaît M. Goguy, précisant que les contrôles permettent aussi de sensibiliser le public.
En 2025, sur 1.500 bateaux contrôlés, ses services ont recensé plus de 1.100 « suspicions d’infraction », ayant abouti à une centaine de procès-verbaux.
– « Équilibre à trouver » –
Ces dernières années, le tribunal maritime de Marseille a prononcé des amendes – parfois avec sursis – de dizaines de milliers d’euros. Pour la première fois en 2024, il avait même reconnu au civil la notion de préjudice écologique d’atteinte à l’herbier de posidonie.
Mais au grand dam des associations de défense de l’environnement, un arrêt de la cour d’appel d’Aix-en-Provence en juillet a renversé cette jurisprudence, établie au fil d’une douzaine de décisions.
Dans cette affaire, la cour a noté l’absence au dossier de constat sous l’eau, de photographie ou de relevé « permettant d’objectiver une atteinte effective aux herbiers, imputable aux mouillages. »
Thomas Abiven, garde-moniteur du parc de Port-Cros, exhibe des touffes de posidonie arrachées par un bateau qu’il a contrôlé et verbalisé. Le contrevenant paiera une amende d’une centaine d’euros pour destruction d’espèce protégée.
Il rappelle l’importance de protéger la posidonie, « un des poumons de la Méditerranée », qui, une fois arrachée, met « énormément de temps » à se régénérer.
Dans une région très prisée des touristes, « pour que l’économie aille bien, il faut que l’environnement aille bien aussi. C’est un équilibre à trouver. »




