L’assurance des navires céréaliers en mer Noire: mission (quasi) impossible

Londres, 5 sept 2023 (AFP) – Vu les risques de bombardements, il est devenu de facto impossible d’assurer des navires partant d’Ukraine par la mer Noire, mais le secteur tente de trouver une voie de sortie, notamment pour les cargaisons vitales de céréales.

Une assurance de cargo peut toujours en théorie s’envisager « au cas par cas », affirme à l’AFP Mathieu Berrurier, directeur général du groupe Eyssautier Verlingue, moyennant cependant des « coûts faramineux » de l’ordre de 5 à 10 fois les montants pratiqués avant la guerre en Ukraine.

Si bien que dans la pratique, plus personne ne les paie.

Pendant près d’un an, la situation s’était stabilisée en mer Noire, avec un accord signé en juillet 2022 avec Moscou pour que l’Ukraine exporte sa production agricole. Ce compromis avait permis de sortir 33 millions de tonnes de grains d’Ukraine en un an.

Mais Moscou s’en est retiré en juillet, déclarant considérer dès lors tout navire se dirigeant vers les ports ukrainiens comme une cible potentielle.

Depuis, la Russie multiplie les bombardements d’infrastructures portuaires ukrainiennes, tandis que Kiev utilise des drones pour viser la zone du crucial détroit de Kertch, par lequel transite une large partie des exportations russes de mer Noire.

« On est dans une zone où les risques ont considérablement augmenté » pour les cargos, résume M. Berrurier, « là où avant, les risques se concentraient sur les bâtiments de guerre ».

L’essentiel des exportations céréalières ukrainiennes, auparavant acheminées par la voie maritime, emprunte désormais une route alternative par le Danube, associée au rail plus au nord et à l’ouest du pays.

Mais des infrastructures portuaires y sont également « attaquées par les Russes », poursuit Frédéric Denefle, directeur général du groupement Garex, spécialiste de l’assurance des risques liés aux conflits.

Début août, la Russie a notamment procédé à des tirs de sommation envers un cargo appartenant à une compagnie turque qui se dirigeait vers Izmaïl, un port sur le Danube dans le sud de l’Ukraine.

Résultat: les armateurs n’osent plus se déplacer et opérer sur ces zones et « le trafic maritime s’est quasiment interrompu », lance M. Denefle, soulignant que les navires qui quittent la zone d’Odessa au compte-gouttes ne transportent pas de céréales.

Le porte-conteneurs « Joseph Schulte », qui a rejoint mi-août la Turquie, est le premier cargo parti d’Ukraine depuis la fin de l’accord, malgré les menaces de Moscou d’attaquer de tels navires, mais il transportait des matériaux non agricoles.

Vendredi, l’Ukraine a annoncé que deux nouveaux cargos avaient quitté un port du sud de son territoire et naviguaient en mer Noire dans un couloir maritime établi par Kiev.

« Ils sont sortis à la faveur d’un soutien ukrainien leur promettant une protection (…) en empruntant un couloir qui longe la côte ukrainienne » jusqu’en Roumanie, explique M. Denefle.

Il ne s’agit pas de navires entrés en Ukraine pour en ressortir, mais de bateaux coincés dans le pays depuis le début du conflit, qui n’avaient pas pu bénéficier de l’accord sur le grain car ils transportaient d’autres marchandises, précise-t-il.

– Partenariat public-privé –

En parallèle, des assureurs internationaux dont Marsh, finalisent un projet de couverture des navires céréaliers transitant par les ports de la mer Noire sous forme de partenariat public-privé avec l’Ukraine.

Les discussions en cours ont pour but de « réduire les coûts d’assurance à un niveau plus raisonnable », explique à l’AFP Marcus Baker, responsable international de l’assurance transport des marchandises pour Marsh.

La première étape est la mise en place d’une lettre de crédit reconnaissant que le gouvernement ukrainien et quelques-unes de ses banques seront parties prenantes à cet accord, et devrait être finalisée dans les prochaines semaines, selon Marsh.

Le mécanisme en projet porte d’abord sur les intérêts des armateurs propriétaires des navires, pour couvrir « les dommages physiques subis par les navires eux-mêmes ». « L’aspect céréalier suivra ensuite », affirme M. Baker.

Côté russe, Moscou a confirmé lundi la livraison prochaine de céréales gratuites à six pays africains, tout en ciblant en parallèle des machines agricoles et des bâtiments de production dans le district d’Izmaïl.

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