Pessimisme avant “l’autre COP” sur la biodiversité à Montréal pour sauver la nature

Paris, 1 déc 2022 (AFP) – Après avoir étalé leurs divisions à la COP27 sur le climat, les représentants du monde entier se retrouvent mercredi à Montréal avec un nouveau défi: résoudre en deux semaines leurs divergences pour approuver une feuille de route historique à même de sauvegarder la nature d’ici 2030.

La 15e conférence de la Convention pour la diversité biologique (CDB) de l’ONU, dite COP15 Biodiversité, s’ouvre le 7 décembre au Canada avec deux ans de retard, à cause de la pandémie de Covid-19, et sans aucune certitude sur un accord crédible à son terme, le 19 décembre.

Après trois années de négociations laborieuses, les points de friction restent nombreux entre les membres de la CDB (195 Etats et l’Union européenne, mais sans les Etats-Unis, toutefois observateurs influents).

Les financements, du Nord vers le Sud, en contrepartie d’engagements écologiques contraignants, restent à trancher. Et le Brésil, riche de l’Amazonie mais dont le président élu Lula n’a pas encore pris les rênes, se montre très ferme, au côté de l’Argentine, pour préserver son industrie agroalimentaire.

Or, aucun leader mondial n’a annoncé sa venue à Montréal pour peser sur les négociations, faute d’invitation par la Chine qui préside la COP15 mais a renoncé à accueillir le sommet alors qu’ils étaient plus de 110 dirigeants en Egypte pour la COP27 Climat.

Pourtant les deux COP sont indissociables: les “solutions fondées sur la nature pourraient fournir environ un tiers des mesures d’atténuations climatiques et jouer un rôle essentiel pour s’adapter au réchauffement” de la Terre, rappelle Zoe Quiroz Cullen, de l’ONG Fauna&Flora International.

“Le succès n’est pas garanti”, résume une source européenne proche des négociations.

L’ambition reste de sceller un accord sur la biodiversité aussi historique que celui de Paris pour le climat en 2015. Mais beaucoup d’experts craignent un échec semblable à celui du sommet climat de Copenhague en 2009.

Or, le temps presse: 70% des écosystèmes mondiaux sont dégradés, largement à cause de l’activité humaine, selon les rapports de l’IPBES, les experts biodiversité de l’ONU. Plus d’un million d’espèces sont menacées de disparition sur la planète, qui connaît, selon certains scientifiques, une “sixième extinction de masse” depuis l’apparition de la vie.

“Ce qui est en jeu, ce sont les fondements de l’existence humaine”, a mis en garde la secrétaire exécutive de la CDB, la Tanzanienne Elizabeth Maruma Mrema. Car “les écosystèmes biodiversifiés et équilibrés assurent la régulation climatique, la fertilité des sols et des aliments, la pureté de l’eau, les médicaments modernes et la base de nos économies”.

– 30% de la planète protégée ? –

Les délégués des pays membres de la CDB — née au Sommet de la Terre à Rio en 1992 — vont reprendre les débats à Montréal, aiguillonnés par la forte présence des ONG (WWF, UICN…), d’experts et de représentants du monde économique. Plus de 12.000 personnes sont attendues.

Les négociations doivent établir un “cadre mondial post-2020”, autrement dit une feuille de route d’une vingtaine d’objectifs à remplir d’ici 2030. Ce cadre doit succéder aux “Objectifs d’Aichi” (Japon) adoptés en 2010, mais dont pratiquement aucun n’a été rempli.

L’objectif le plus en vue est de protéger 30% des terres et des mers. Plus d’une centaine de pays, dont les Etats ouest-africains (Cédéao) et l’Union européenne, soutiennent la cible.

Reforestation, restauration des milieux naturels, réduction des pesticides, lutte contre les espèces invasives, pêche et agriculture durables… figurent également dans la liste.

Pour y parvenir, l’argent reste une question brûlante. Le Brésil, soutenu par 22 pays dont l’Argentine, l’Afrique du Sud, le Cameroun et l’Indonésie, a demandé que les Etats riches fournissent “au moins 100 milliards de dollars par an jusqu’en 2030” aux pays en développement. Mais les Européens sont réticents sur la création d’un énième fonds.

Par ailleurs, le Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE) a annoncé jeudi que les investissements publics et privés dans les Solutions fondées sur la nature (SFN) devraient atteindre 384 milliards de dollars par an d’ici 2025, soit plus du double des 154 milliards actuels.

L’implication des peuples indigènes, “souvent les plus grands gardiens de la nature”, sera un autre point-clé, a rappelé le ministre de l’Environnement du Costa Rica à la COP27. “Nous ne pouvons pas sauver la biodiversité sans nous associer aux peuples autochtones”, a déclaré Franz Tattenbach.

Enfin, pour ne pas répéter les erreurs du passé, la “mise en oeuvre” des engagements sera un sujet majeur, avec des indicateurs clairs, insiste la source européenne. “C’est leur absence qui a rendu le cadre d’Aichi si inefficace.”

OCÉAN D'HISTOIRES

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