Sécurité en mer: malgré les progrès, des améliorations encore possibles (préfet maritime)

QUESTION: Que représente pour vous qui êtes chargé de l’action de l’Etat en mer le naufrage de l’Amoco Cadiz et la marée noire qui s’en est suivie?

REPONSE: Le naufrage de l’Amoco Cadiz en 1978, c’est la prise en compte par l’Etat du risque du transport maritime. Avant, le risque maritime, c’était essentiellement le sauvetage de la vie en mer. A partir de 1978, l’Etat français prend conscience du risque majeur porté par ce transport maritime et en particulier du risque pour l’environnement.

Q: Est-ce qu’une telle catastrophe pourrait survenir à nouveau aujourd’hui?

R: Non, le drame de l’Amoco ne se reproduirait pas en 2018. Pourquoi? Parce que nous avons (le remorqueur de haute mer) l’Abeille pour remorquer, parce que nous avons un centre de décision et d’action unique, parce que tous les moyens de l’Etat civils et militaires sont rassemblés, parce que nous serions informés beaucoup plus tôt qu’en 1978 du problème sur l’Amoco et que donc nous ne l’aurions jamais laissé se rapprocher de la terre. Depuis 1978 beaucoup de choses ont changé.

Q: Est-ce que la Bretagne est pour autant protégée?

Oui, peut-être parce que nous avons en particulier éloigné le rail d’Ouessant de la côte. Nous sommes maintenant beaucoup plus loin qu’en 1978, les navires passent presque au milieu de la Manche. Est-ce que je dors tranquille? Non, je ne dors pas tranquille parce qu’il y a toujours, et en particulier durant cette période hivernale, des problèmes d’avaries sur les navires. Nous avons à peu près 200 pannes, 200 avaries de navires devant Ouessant par an. Ca n’est pas négligeable même si la plupart de ces problèmes se résolvent rapidement et qu’il n’y a pas de drame. Le trafic maritime mondial ne cesse de croître et les bateaux sont de plus en plus gros. On pourrait très certainement améliorer la sécurité des gros navires, des navires géants, que ce soit des porte-conteneurs ou des navires à passagers, des navires de croisière. Aujourd’hui, ces bateaux ne naviguent pas toujours en sécurité. Nous pourrions très certainement améliorer encore dans le cadre de l’Europe le partage de l’information et aussi le partage des moyens de surveillance et de sauvetage.

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PROPOS RECUEILLIS PAR SANDRA FERRER