Demandeurs d’asile: Bruxelles revient à la charge sur la solidarité

Elle les a également invités à accueillir 20.000 réfugiés syriens venus de pays extérieurs à l’UE. Ces deux actions doivent courir sur deux ans et être assorties d’aide financière aux Etats.

La répartition de la prise en charge doit être calculée en fonction de la population et du PIB des Etats, de leur taux de chômage et du nombre de demandeurs d’asile déjà accueillis. Chacun des 26 partenaires de l’Italie et de la Grèce est invité à prendre “sa part” et ces critères sont “pertinents et objectifs”, a déclaré le commissaire aux Affaires intérieures Dimitris Avramopoulos.

Une enveloppe de 6.000 euros sera allouée pour chaque demandeur d’asile pris en charge, a précisé la Commission. La mesure s’appliquera aux candidats à l’asile arrivés après le 15 avril.

Trois pays –le Royaume Uni, l’Irlande et le Danemark– bénéficient d’une exemption, leur permettant de refuser de s’associer à cet effort de solidarité envers l’Italie et la Grèce.

– solidarité minimale –

Concrètement, la France est appelée à prendre en charge 6.752 demandeurs d’asile syriens et érythréens et invitée à accueillir 2.375 réfugiés syriens au cours des deux prochaines années.

L’Allemagne devra prendre en charge 11.849 demandeurs d’asile et réfugiés et l’île de Malte, également destination de migrants, 413.

Le mécanisme d’urgence activé mercredi pour l’Italie et la Grèce est temporaire. Il pourra également être mis en oeuvre pour Malte en cas d’afflux soudain de migrants, a précisé la Commission.

“Il s’agit d’une solidarité minimale”, a précisé M. Avramopoulos. “Chaque Etat peut faire davantage”, a-t-il affirmé.

“Nous ne proposons pas de quotas”, a-t-il insisté en déplorant “les malentendus” créés par une “mauvaise interprétation” de ces propositions “dans certains Etats et dans certains médias”. La France s’est dite opposée à toute idée de quotas pour les immigrés ou l’attribution du statut de réfugié.

“Il n’a jamais été question de propositions pour les migrants illégaux”, a insisté M. Avramopoulos.

“Ce que nous proposons, c’est une répartition équitable des migrants ayant besoin d’une protection internationale”, a-t-il expliqué.

“Chaque Etat reste libre d’accorder ou non cette protection aux demandeurs d’asile qu’il aura pris en charge au titre de cette solidarité”, a-t-il ajouté.

“La proposition n’est pas parfaite, mais elle constitue un énorme pas en avant, car elle introduit le principe de la solidarité”, a commenté la chef de la diplomatie de l’UE, l’Italienne Federica Mogherini.

“Il va falloir construire un consensus” sur cette proposition de transfert des demandeurs d’asile “afin que les ministres de l’Intérieur puissent l’approuver à la majorité qualifiée lors de leur réunion le 16 juin” à Luxembourg, a-t-elle toutefois averti.

L’exercice s’avère difficile. La Commission souhaite que ses deux recommandations soient contraignantes, mais le Royaume-Uni, la Hongrie, les Etats Baltes, la République Tchèque et la Pologne refusent toute répartition obligatoire en fonction d’une clé de répartition.

Prague et Vilnius ont réitéré mercredi leur opposition. “Si la France reste dans le camp du refus, la majorité qualifiée ne sera pas trouvée”, indique-t-on de source européenne.

– Ban soutient Juncker –

“Certains Etats sont réticents”, a déploré le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker lors d’un point de presse avec le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon. “Ils doivent accepter”, a-t-il affirmé. “Il ne s’agit pas de paroles, mais d’actes”, a-t-il insisté.

Le plan d’action pour l’immigration et l’asile est la première initiative “politique” de M. Juncker depuis sa prise de fonction en novembre 2014.

Ban Ki-moon lui a apporté son soutien: “j’encourage les Etats membres à montrer de la compassion et prendre en considération la proposition de la Commission”, a-t-il déclaré.

La contrepartie de cette solidarité est l’accélération des retours des migrants non autorisés à rester dans l’UE, a assuré la Commission.

L’Union Africaine s’est engagée mercredi à mener des campagnes pour dissuader les candidats au départ et lutter contre les trafiquants au cours d’une cérémonie organisée à Addis Abebba pour rendre hommage aux migrants morts noyés.

Le secrétaire général de l’ONU a en revanche répété ses réserves envers le projet européen d’opération navale contre les navires utilisés pour les passages en Méditerranée. L’UE cherche à obtenir une résolution des Nations Unie pour mener cette opération.

OCÉAN D'HISTOIRES

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