Les traversées dans cette voie navigable qui sépare l’Iran du sultanat d’Oman ne représentent actuellement qu’un tiers du trafic d’avant le conflit. Les bateaux qui tentent de passer doivent composer avec de nouvelles routes, des attaques contre des navires et le risque de présence de mines.
Quelles routes empruntent les bateaux ?
Actuellement, les navires empruntent au moins deux routes pour traverser le détroit.
La route iranienne, l’unique approuvée par Téhéran, est utilisée depuis le début de la guerre et se trouve dans le nord du détroit, près de l’île de Larak.
Cette route concerne environ 32% du trafic du détroit, selon des données de la plateforme de suivi maritime Kpler au 1er juillet.
La route omanaise consiste quant à elle en un passage très étroit, « entre la côte omanaise d’un côté et des zones potentiellement minées de l’autre », selon Ana Subasic, analyste chez Kpler.
Environ 23% des bâtiments empruntent cet itinéraire, présentée comme temporaire dans le cadre d’une coordination entre Oman, l’ONU et l’Organisation maritime internationale (OMI).
Le Centre d’information maritime conjoint (JMIC), coalition de sécurité maritime de 47 pays, ainsi qu’un organisme naval de l’Otan, le NCAGS, offrent également des conseils pour utiliser cette route.
Officiellement annoncée en juin, elle a été empruntée par de premiers bateaux dès début avril.
Une proportion plus importante de navires, environ 46% depuis le début de la guerre, ont franchi le détroit avec leur transpondeur éteint, selon des données de Kpler, rendant leur itinéraire plus difficile à déceler.
Selon des analystes interrogés par l’AFP, les navires qui ont traversé récemment sans émettre de signal semblent avoir privilégié la route omanaise, vraisemblablement pour « éviter de signaler leur position en passant à portée des Iraniens et dans un contexte de mises en garde des Gardiens de la révolution », selon Ana Subasic.
Où ont eu lieu les attaques récentes ?
Au moins cinq navires marchands ont été attaqués depuis le protocole d’accord signé le 17 juin Washington et Téhéran.
Les bateaux visés avaient opté pour des routes au sud du détroit, contre lesquelles l’Iran avait mis en garde.
Trois de ces attaques ont eu lieu au large d’Oman et des Emirats arabes unis entre lundi et mardi, déclenchant de nouvelles hostilités entre les Etats-Unis et l’Iran, puis conduisant Donald Trump à déclarer que le cessez-le-feu était terminé.
Comment a changé le trafic depuis la guerre ?
Avant la guerre, les bateaux traversaient gratuitement le détroit dans le cadre du dispositif de séparation du trafic, une route à double sens au milieu de la voie navigable, adoptée par l’OMI en 1968.
Ces couloirs, qui auparavant voyaient transiter en moyenne 120 bateaux par jour, ne sont pas utilisés actuellement en raison du risque de présence de mines.
Un retour à la normale dans le détroit ne devrait pas être possible tant que le trafic ne sera pas rétabli dans ce couloir, selon des experts.
Toutefois, Téhéran, qui revendique la souveraineté sur le détroit, affirme qu’il n’y aura pas de retour à la situation d’avant-guerre et a affirmé en juin envisager avec Oman de facturer des coûts d’exploitation du détroit.
Que doivent faire les navires pour traverser ?
Les procédures que doivent respecter les bateaux traversant le détroit dépendent de la route choisie.
La route iranienne est gérée par l’Autorité du détroit du Golfe Persique (PGSA), qui, plus tôt dans le conflit, a fait payer la traversée.
Les bateaux doivent déposer une demande, et en cas de réponse positive ils obtiennent un permis pour un unique passage valable cinq jours maximum.
Cette pratique, inédite avant le conflit, est contraire à la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, qui garantit la liberté de navigation dans les détroits servant à la navigation internationale, mais que l’Iran n’a jamais ratifié.
Pour la route omanaise, les bateaux sont censés « se coordonner avec l’État côtier correspondant, garder leur transpondeur allumé, et évaluer eux-même leur risque », a expliqué Ana Subasic à l’AFP.
Les bateaux qui choisissent cette route étroite traversent souvent en groupe pour éviter le risque de congestion ou de collision.




